IX
L'ÉLÉPHAx\T ET LE CARLIN.
Pour servir de spectacle, un éléphant, un jour, Etait par son cornac promené dans la rue. Tel spectacle chez nous n'a pas souvent son tour, Et des badauds la foule était vile accourue.
Tout à coup survient un carlin ; Voyant l'énorme bête, il s'agite, il frétille.
Et près de lui, d'un air malin.
Le roquet, sautillant, à japper s'égosille. Agaçant l'animal de l'œil et de la dent. Il semble l'exciter à lui livrer bataille. « Voisin, dit un barbet, tu n'es pas trop prudent ; Braver tel ennemi sied très-mal à ta taille. Il a pour toi d'ailleurs un mépris souverain ; Tu vois : malgré tes cris, il va toujours son train. — Eh î eh! dit le carlin, c'est justement, compère , Ce qui me pique au jeu ; car ainsi , sans danger,
Parmi nos tapageurs , j'espère
A l'avenir me voir ranger.
Les gros chiens diront, et pour cause :
« C'est un carlin qui se défend !
я II faut qu'il soit fort , puisqu'il ose
» Aboyer contre un éléphant ! "