‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 65 sur 161 · LE LOUP ET LE LOUVETEAU · texte numérisé non relu

LE LOUP ET LE LOUVETEAU

Un jour, certain loup , vieux routier, Voulant auv ruses du métier Former son fils encor novice ,

Le mène au bord d'un bois et dit : " Regarde bien, Si de quelque bon coup tu peux trouver l'indice.

Mais surtout ne ménage rien ,

Sauf à faire après pénitence.

Va , cherche sans scrupule un berger à duper : N C'est par un exploit d'importance

Qu'il faut conquérir ton souper. »

Le disciple docile aussitôt est en quête,

Puis , dès qu'il rentre à la maison :

" Père , dit-il , la table est prête !

Viens vite , nous avons du régal à foison !

C'est très-sûr : j'ai vu paître, au bas de la montagne ,

De beaux moutons si gras qu'ils ne sauraient bouger. A les voir, l'appétit vous gagne!

Viens, courons les choisir, les prendre et les manger. Rien à craindre; ils sont là par mille.

Et d'en savoir le compte il serait difficile.

— Attends! il faut d'abord voir quel est le berger. Dit alors le vieux loup. — On dit de lui , mon père, Qu'il est intelligent et tout à son affaire;

Mais, en rôdant partout, j'ai pu voir que les chiens Sont maigres, indolents et très-mauvais gardiens.

— Ce que tu dis, mon fils , n'a rien qui m'encourage ;

Tu vois mal; je sais, pour ma pari , Qu'un berger vigilant et sage Ne prend point ses chiens au hasard.

S'attaquer à ceux-là serait peine inutile.

Je sais meilleur troupeau que celui d'où tu viens ;

Le berger n'est qu'un sot, et, qu'ils soient cent ou mille,

Sots comme lui sont les gardiens.

Ne crains point avec eux de rencontres sinistres :

A mauvais berger, mauvais chiens. »

A mauvais roi, mauvais ministres.

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