‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 72 sur 161 · L'ARBRISSEAU · texte numérisé non relu

L'ARBRISSEAU

Voyant un villageois, une hache à la main, Tout près de la forêt passer sur le chemin , Un arbrisseau lui dit : « Ecoute ma prière ; Viens abattre ce bois qui , près de moi planté , Ne m'a jamais permis de croître en liberté

Ni d'apparaître à la lumière.

Ses pieds dans les miens enlacés

Ont mis ma racine à la gène,

Et le doux zéphyr peut à peine Rafraîchir mes rameaux sous leur voûte oppressés.

Si rien n'eût gêné ma croissance, Le pays dans un an m'aurait dû sa beauté, Et , protégé par moi des ardeurs de l'été , Le vallon m'eût payé de sa reconnaissance; Mais, grêle et sans vigueur, sous ce fatal abri, Comme un rameau séché ma tige a dépéri. »

Le villageois brandit sa hache, Puis, pour ne rien faire à demi, 11 couvre au loin le sol des arbres qu'il arrache, Et sert l'arbuste en vieil ami.

Notre orgueilleux seul dans l'espace

Et se pavane et se prélasse ; Mais son triomphe est court : de chaleur épuisé,

Bientôt sur sa tige encor frêle Il voit fondre la pluie et s'abattre la grêle, Et sous l'effort des vents il tombe enfin brisé. a Ah! lui dit un serpent, ton mal est ton ouvrage; Si ton bois, pour grandir, eût gardé son abri, Des chaleurs et des vents il eût bravé l'outrage. Quand sous la faux du temps leurs troncs auraient péri.

Le tien eût redressé sa tête; L'aquilon aujourd'hui ne l'aurait pas rompu,

Et, plus robuste, il aurait pu

Braver l'effort de la tempête. »

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