‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 78 sur 161 · LE LOUP ET LE REYARD · texte numérisé non relu

LE LOUP ET LE REYARD

Ce qui ne peut nous être utile , Nous l'offrons de grand cœur, il le faut confesser; Mais la vérité blesse ; à l'esprit indocile La fable, sous son voile, ira mieux l'adresser.

Un renard , d'une ferme ayant forcé l'entrée, Remplit d'abord sa panse , au risque d'en crever, Et mit à part les lots qu'il voulait conserver; Puis, près d'un tas de foin , finissant la soirée, A l'aise il s'étendit pour dormir et rêver. Mais il regarde ,et voit arriver en visite Un loup traînant la queue et le nez allongé, Qui , depuis très-longtemps semblait n'avoir mangé. « Ami, dit le renard d'une voix hypocrite, Dis-moi, quelque malheur t'aurait-il affligé?

— Oui, dit le loup, la vie est dure; Je ne puis plus trouver même un os pour régal ;

La faim m'épuise et me torture , Les chiens sont très-méchants et le berger dort mal.

que dans nos contrées d'industrie et de commerce, l'agriculture entretient les feuilles «dégantes et bruyantes de l'arbre social.

V^oisin, je n'ai plus qu'à me pendre!

— Vraiment! — Oui, c'est ainsi. — J'ai là du foin bien tendre, Bon compère, en veux-tu? Chacun sait que j'ai mis Toujours mon plus doux soin à servir mes amis :

Le tas est gros, tu peux tout prendre. »

Par malheur pour le loup, ce n'était pas de foin Que son ventre aux abois avait si grand besoin; Quelque morceau plus gras eût mieux fait son affaire.

Du régal caché dans un coin L'hôte eût pu dire un mot, mais n'en voulut rien faire ; Et messire le loup , comblé hors de saison

De politesses sans pareilles ,

Bien régalé... par les oreilles.

Sans souper gagna la maison.

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