‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 79 sur 161 · LE CERF-VOLANT · texte numérisé non relu

LE CERF-VOLANT

Fier de se voir lancé dans la céleste plaine ,

Un cerf-volant criait au papillon léger

Qu'au fond de la vallée il voyait voltiger :

" Le croirais-lii , mon cher, je te distingue à peine.

Tu dois L'Ire jaloux, dis-moi, lorsqu'à tes yeux

Je vais ainsi planer dans les hauteurs des cieux.

— Moi , jaloux? Vraiment non; je vois trop où t'entraîne

L'erreur qui fait ta vanité.

Si haut que ton vol soit porté, Ta liberté toujours par un fil t'est ravie.

Crois-moi , mon cher, tout bien compté , C'est acheter trop cher le bonheur de la vie.

Hôte des fleurs , tout près du sol

J'ai fixé mon destin modeste ;

Je vole bien bas, mais, du reste.

Où je veux je porte mon vol ,

Et ne vais jamais sur ta trace ,

D'un autre servant les plaisirs ,

Produire un vain bruit dans l'espace

Pour amuser de sots loisirs. »

Le cygne, le brochet et L'ÉCREVISSK.

Le cygne, le brochet et Técrevisse , un jour, S'unissent pour traîner un léger équipage. On s'attelle, l'on tire, on souffle, l'on fait rage, Et la roue, après tout , n'avance pas d'un tour. La charge à voiturcr paraît pourtant facile , Pourquoi sur le chemin rcsle-t-elle immobile?

C'est que le cygne a pris son vol, I/écrevisse marche en arrière , Et le brochet, rasant le sol , Veut aller droit à la rivière.

Qui des trois a tort ? En cela , Décider n'est point mon affaire; Ine chose est pour moi très-claire Leur équipage est resté là.

LE SAMSOiWET.

Chaque homme a ses talents, mais plus d'un sot préfère Ceux que son œil jaloux voit briller en autrui.

Est-il un art hors de sa sphère , C'est celui qu'il admire et qu'il croit fait pour lui. Voulons-nous d'un échec nous épargner l'ennui ,

Faisons ce que nous savons faire.

Ln étourneau , dès son enfance , Ayant des sansonnets pratiqué les leçons < Imitait si bien leurs chansons,

Que chacun Taurail cru sansonnet de naissance. Récréés dans les bois par ses accents joyeux,

Moineaux , pinsons , bergeronnettes ,

A ses gaillardes chansonnettes

Applaudissaient à qui mieux mieux.

Ce succès à tout autre eût certes pu suffire,

Mais, par malheur, noire ténor,

L'n beau jour, apprend qu'on admire

Le rossignol bien plus cncor.

Mon jaloux s'en dépile. <; Atlendez , camarades,

Se disait-il, vous verrez bien

Que l'étourneau pour les roulades

Au rossignol ne cède en rien ! î> Et, déguisant sa voix, aussilôl il entonne.

Mais quels accords ! Un vrai sabbal !

Il râle , il roucoule , il bourdonne , Bêle comnie un mouton , miaule comme un cbal , Et la foule effarée en criant l'abandonne. Mon petit étourneau , qu'avais-tu gagné? Rien ! Mieux vaut un sansonnet qui chante à peu près bien

Qu'un faux rossignol qui détonne.

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