XII
LE MEGANIGIEM.
Un beau jour, certain étourneau Achète une maison très-vaste , déjà vieille , Mais solide, commode et construite à merveille. Tout était à son goût; c'était un vrai cadeau! Un seul point y manquait : on n'y trouvait pas d'eau. « Bah! se disait notre homme, à tout il est remède; La maison est à moi ; sans y déranger rien , En prenant avec soin la mécanique en aide, Je pourrai d'un cours d'eau la rapprocher très-bien. »
Par cette preuve sans réplique.
On peut voir que notre insensé
Pour la science mécanique
Avait un goût très-prononcé.
« D'abord, des fondements dégageons l'édifice. Sur d'énormes traîneaux il viendra se placer,
Des cabestans, pour le hisser,
Pouvant nous prêter bon office.
Puis, sur de grands rouleaux, pour le mettre en chemin,
Nous le ferons glisser ensuite.
Bravo! l'affaire ainsi conduite
Ira dès lors comme à la main !
Ah! j'ai même une idée encor plus singulière, Et dont nul j'usqu'ici ne s'est imaginé : Le jour où ma maison ira vers la rivière , Je veux qu'avec musique un bal y soit donné.
Les amis , comme un jour de noce , Pourront faire jipaille autour d'un grand festin,
Et c'est ainsi qu'un beau matin Dans mon nouveau séjour j'irai comme en carrosse. »
Ravi d'un si beau plan , notre mécanicien ,
Sans plus tarder, se met à l'œuvre.
De nombreux ouvriers dirigeant la manœuvre. Il fait creuser, creuser; pour tout mener à bien, Argent, soin et fatigue, il ne ménage rien. Et la maison pourtant à bouger n'est pas prête!
Mais, un beau jour, d'un œil surpris.
Notre étourneau voit sur sa tête
De son toit crouler les débris.
Heureux encor par ses sottises Quand l'insensé ne nuit qu'à lui; Mais que de gens font sur autrui Crouler leurs folles entreprises!
jlg LIVRE QUATRIÈME.