‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 84 sur 161 · LES FLEURS · texte numérisé non relu

LES FLEURS

Sur la fenêtre d'un palais, Dans des vases dorés éclatants de peinture,

De fausses fleurs brillaient auprès

De fleurs filles de la nature, Et, balançant dans Tair leurs tiges de métal, Affectaient d'étaler un orgueil sans éqal.

Tout à coup survient un orage.

On les entend alors se plaindre au roi des cieux

Qu'à leur tissu si précieux

Celte eau qui tombe est un outrage , Et, contre elle entassant l'injure et le mépris :

« 0 Jupiter! s'écriaient-elles, Cette eau va nous porter des atteintes mortelles;

Pour qui peut-elle avoir du prix?

Est-il plus grand fléau? Tiens, vois, la foule accrue Déjà s'efforce en vain de traverser la rue ,

Et ses flots débordés apportent par monceaux

Sous les pieds des passants la fange des ruisseaux. »

Mais Jupiter fut sourd à leur vaine prière;

L'eau, tout le jour, tombant sur la contrée entière,

Dissipa la chaleur dans les airs embrasés ,

Et rendit la verdure aux rameaux épuisés.

La nature affaissée enfin sembla renaître ,

Et, dans Tair plus doux et plus frais.

On vit alors sur la fenêtre Les filles du Printemps ranimer leurs attraits ; Mais les fleurs de satin, filles de l'Imposture, Dans un coin de la cour, allaient, deux jours après,

Cacher leurs débris sous Tordure.

Aux censeurs qu'il sait affronter, Parfois le vrai talent doit des grâces nouvelles; Si la pluie est à redouter.

Ce n'est qu'aux ihMirs artificielles.

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