‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 88 sur 161 · LE CHEVAL ET LE CAVALIER · texte numérisé non relu

LE CHEVAL ET LE CAVALIER

Ijn adroit cavalier avait si bien dressé Ln jeune et beau coursier, que, sans toucher la bride, D'un mot, il imposait à son zèle empressé Lne allure , à son gré, plus lente ou plus rapide, u A quoi bon , se disait un jour le cavalier. Assujettir au mors un si noble coursier ? .Ym mon idée et la crois bonne, r

Il dit cl sort en plaine. A peine esl-il dehors, Qu'il enlève au cheval et sa hride et son mors. Sans ahuser d'abord du pouvoir qu'on lui donne, I/aninial doucement accélère son pas ; Agitant sa crinière et redressant la tcte , Il donne à son allure un petit air de fête Pour plaire au cavalier par d'innocents ébats. Mais le fougueux coursier, sentant déjà moins forte

La main qui réglait ses écarts , Donne libre carrière à l'ardeur qui l'emporte. Son sang bout et l'éclair jaillit de ses regards. Sourd à la voix du, maître, en volant dans l'espace, Ventre à terre il l'entraîne, et, par de vains efforts.

De l'écuyer la main se lasse

A glisser au cheval son mors.

La lutte accroît l'ardeur du coursier qu'elle irrite ;

Poursuivant sa course sans frein ,

Dans sa fureur, il précipite

Son cavalier sur le terrain.

Pareil à Fouragan , sans rien voir, dans la plaine , Loin des chemins frayés , il court à perdre haleine ; Enfui, des quatre pieds, dans un ravin profond Il tombe, et, tout sanglant, va se briser au fond.

«i 0 pauvre cheval, dit son maître

Mpanchant alors sa douleur,

C'est à moi seul qu'il faut peut-être Imputer à la fois ma chute et ton malheur. Si je t'avais laissé ce frein si salutaire ,

A dompter ton ardeur j^eusse été bien plus fort : Tu n'aurais pas ainsi jeté ton maître à terre, Je n'aurais pas pleuré ta mort! »

Douce est la liberté; son séduisant mirage

A nos yeux enchantes fait briller mille attraits;

Mais que de maux, que de regrets , Si le peuple inconstant n en sait régler l'usage ! Contre la loi qui l'a dompté.

Coursier rebelle, il entre en lutte;

Vers le précipice emporté ,

S'il rompt son frein, gare à la chute!

viu.

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