‹ Fables de P. Lachambeaudie (volume 2)Chapitre 124 sur 428 · LES DEUX RIVAGES · texte numérisé non relu

LES DEUX RIVAGES

Je veux, toujours fidèle au rôle de conteur, Rimer en quelques vers l'histoire

Dont le doux souvenir occupe ma mémoire.

Le long d'une rivière, au murmure enchanteur, Coula mon enfance inquiète ;

Confondus sur les bords, saules et peupliers

FABLES. |lu

Offraient au rossignol, aux amants, an poëto, Leurs ombrages hospitaliers.

Mille Heurs embaumaient les Jeux rives égales, Et des chantres ailés les laveuses rivales Envoyaient aux échos leurs naïves chansons. Mais voilà tout à coup, j'avais seize ans à peine, Qu'arrivent par centaine Charpentiers et maçons.

Les braves compagnons, se mettant à l'ouvrage, D'arbres en un instant dépouillent un rivage : Les brouettes, les pieux, les haches, les marteaux Bâtissent un canal pour maîtriser les eaux, Au sommet du talus disposent un passage Pour les bœufs remorqueurs qui traînent les bateaux. Avide de trésors, moins que de renommée, J'ai quitté, depuis lors, et mon pays natal,

Et sa rivière bien-aimée.

Puisse le positif, h nos rêves fatal, N'avoir pas enlevé, d'une main trop puissante, La dernière harmonie et la dernière plante

Du domaine de l'idéal !

Le cours de notre -\ ii1 a toujours deux rivages ; Tous deux, dans notre enfance, et fleuris et joyeux, Sont pleins do doux pensers, de chants insoucieux. Plus tard, sur une rive étendant leurs ravages, L'intérêt, les besoins et les prévisions Emportent la moitié de nos illusions.

Heureux, quand la vieillesse arrive, si quelques Heurs encor restent sur l'antre rive !

Ht FABLES.

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