‹ Fables de P. Lachambeaudie (volume 2)Chapitre 123 sur 428 · A MM. BÉRANGER ET LAMENNAIS · texte numérisé non relu

A MM. BÉRANGER ET LAMENNAIS

Maîtres, si devant vous je reste bouche close, Dans un double récit apprenez-en la cause :

Deux bœufs traçant, dés l'aube, un fertile sillon,

Derrière eux voletait une bergeronnette.

« Viens-tu pour labourer on saisir l'aiguillon? »

Dirent-ils en riant. Aussitôt la pauvrette :

« Je viens, dans vos labeurs trouvant de tons repas,

Vivre des vermisseaux qui naissent sous vos pas. »

Au temps jadis vivait une charmante fée.

Rivale du divin Orphée, Pour parler, pour chanter quand ses lèvres s'ouvraient, Elle aurait attendri le cœur le plus farouche, Et. prodige inouï ! les perles de sa bouche

Ruisselaient.

Sa filleule, un beau jour, sur ses genoux assise, Et, muette, écoutant, la fée en fut surprise, Et l'enfant répondit : « Quoi! vous me demandez Pourquoi sur vos genoux je suis silencieuse? C'est que je cueille, avide et d'une main pieuse,

Les perles que vous répandez. »

Maîtres, si devant vous je reste bouche close, Par ce double récit vous en savez la cause.

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