A MM. BÉRANGER ET LAMENNAIS
Maîtres, si devant vous je reste bouche close, Dans un double récit apprenez-en la cause :
Deux bœufs traçant, dés l'aube, un fertile sillon,
Derrière eux voletait une bergeronnette.
« Viens-tu pour labourer on saisir l'aiguillon? »
Dirent-ils en riant. Aussitôt la pauvrette :
« Je viens, dans vos labeurs trouvant de tons repas,
Vivre des vermisseaux qui naissent sous vos pas. »
Au temps jadis vivait une charmante fée.
Rivale du divin Orphée, Pour parler, pour chanter quand ses lèvres s'ouvraient, Elle aurait attendri le cœur le plus farouche, Et. prodige inouï ! les perles de sa bouche
Ruisselaient.
Sa filleule, un beau jour, sur ses genoux assise, Et, muette, écoutant, la fée en fut surprise, Et l'enfant répondit : « Quoi! vous me demandez Pourquoi sur vos genoux je suis silencieuse? C'est que je cueille, avide et d'une main pieuse,
Les perles que vous répandez. »
Maîtres, si devant vous je reste bouche close, Par ce double récit vous en savez la cause.