L'AIGLE ENCHAÎNÉ
Au sommet du Caucase, un aigle dans son aire
S'éveille, et se livrant à de nobles transports :
« J'irai ravir sa proie au tigre sanguinaire ;
» Je vaincrai mes rivaux les plus fiers, les plus forts,
» Et j'espère qu'un jour, pour prix de mes efforts,
» Je porterai le dieu qui porte le tonnerre ! »
Sa grande aile, à ces mots, se déploie et son corps
S'agite... mais en vain... ses serres obstinées
Refusent leur service ; un satyre odieux
Sur le rocher, la nuit, les avait enchaînées.
L'aigle, c'est le génie aux élans glorieux. Souvent la pauvreté, riant de son extase, Dans un réseau de fer tient ses membres liés; Il a, comme l'oiseau qui s'éveille au Caucase, Des ailes à la tète et deb chaînes aux pieds.