BERANGER
Passy, 24 septembre 1842.
* La Fleur et le Nuage, dessin d'Adrien Guiguet, gravure d'Ernest Monuin.
LE POETE
A mon ami Pierre Lachamteaudie.
Poëte, c'est la vérité Que ta fable pour nous décèle; Ton vers est la pure étincelle Qui brille en notre obscurité.
Où donc menez-vous le poète, Soldats qui servez les méchants?
Vous l'avez pris dans la tempête :
Inspiré par de nouveaux chants, 11 marche en consolant ses frères,
LE POÈTE
Le captif au front radieux.
A-t-il des paroles amères ?
Non ! mais, riant de vos faux dieux, Il marche en consolant ses frères
Poète, c'est la vérité Que ta fable pour nous décèle ; Ton vers est la pure étincelle Qui brille en notre obscurité.
Dans vos casemates de pierre Où pèse le froid des tombeaux, Sur un doux rhythme une prière Fait vibrer les sombres arceaux.
L'apôtre porte une couronne ; Nul bourreau ne peut la flétrir :
C'est le peuple ou Dieu qui la donne, La verte palme du martyr :
L'apôtre porte une couronne.
Poëte, c'est la vérité Que ta fable pour nous décèle; Ton vers est la pure étincelle Qui brille en notre obscurité.
LE POETE
Voyez en mer ce haut navire; Ses flancs cachent bien des douleurs; Mais à bord, les sons d'une lyre Raniment la foi dans les cœurs.
Les femmes pleurent au rivage, Et, par de fraternels élans, Mêlent, dans les bruits de l'orage, Leur voix aux cris des Goélands ' :
Les femmes pleurent au rivage.
Poète, c'est la vérité Que ta fable pour nous décèle ; Ton vers est la pure étincelle Qui brille en notre obscurité.
Si de la patrie on t'exile, Tu vas, ù pieux pèlerin, Prêcher le nouvel Evangile :
La Muse a fleuri ton chemin.
Va remplir un devoir austère :
Ralliant les cœurs désunis, Fais rayonner l'amour, mon frère,
'Von ii la table det PotVies diverses.
LE POÈTE
Sur la famille des bannis :
Va remplir un devoir austère.
Poëte, c'est la vérité Que ta fable pour nous décèle ; Ton vers est la pure étincelle Qui brille en notre obscurité.
Antoine-Mac Monnin.
Tjtïs, mai 1352.
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