‹ Fables de P. Lachambeaudie (volume 2)Chapitre 206 sur 428 · LE SAC DE FARINE · texte numérisé non relu

LE SAC DE FARINE

On descendait de la Courtille,

Un lendemain de carnaval.

Les uns allaient à pied, les autres à cheval. L'injurieux lazzi qui se croise et pétille, Le chiffonnier froissant l'élégante mantille, Bras-dessus bras-dessous, sans égard pour les rangs, Les insolents laquais et les princes pour rire : C'est un chaos sans nom que je ne puis décrire. Défroque du passé, bacchanale sans frein, De vos ruisseaux bourbeux disparaissez enfin. Peuple, pour t'élever à la raison divine, Déchire ce haillon à nos mœurs étranger. Un masque, un Arlequin, voit un sac de farine

Sur la porte d'un boulanger ;

Il en saisit une poignée, Et la lance, de pluie et de fange imprégnée, Sur la foule confuse... On autre, un gros Marquis, Lui dit . « Quoi! vous souillez, de votre main profane,

Le pur froment, la blanche manne Qui doit faire le pain et les gâteaux exquis? »

Le premier, dans ce moraliste,

Reconnut certain journaliste

Qui, folliculaire effronté,

19i FABLES.

Distillait, à prix d'or, son venin détestable Sur toute chose grande et belle et respectable. « Marquis, dit arlequin, j'eus tort, en vérité;

Ne pense pas que je le nie.

Mais toi qui ris de tout, et de la calomnie Trafiques chaque jour, réponds, lequel des deux- Fait le métier le plus honteux?... »

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