LE CHAMOIS
Bruxelles, le 15 mat 1«56.
11 était à Paris, dans le Jardin des Plantes, .le 1.' \<>\;tU brouter !<■> herbes renaissantes; De son étroit domaine il taisait, chaque jour, it lois et mille lois le tour.
Vn matin, je ne sais quelle brise légère, D'un soleil de printemps suave messagère, Fait entendre à son cœur, de plaisir transporté, La voix de la patrie et de la liberté. Cet écho ravissant de la terre natale Éteint les bruits confus de notre capitale. Il s'éveille en sursaut, il s'élance d'un bond... Hélas ! le malheureux va se heurter le front Contre une palissade épaisse, infranchissable.
Au sort de ce captif mon destin est semblable .
Loin du pays natal, comme lui transporté,
Je reçois les douceurs de l'hospitalité.
Si parfois devant moi s'ouvre un frais paysage,
M'offrant de mon berceau la séduisante image;
Si d'un vin généreux, sur nos coteaux mûri,
Pour un toast fraternel un flacon est tari;
Ou si, foyer vivant d'une extase infinie,
L'Opéra m'a versé des torrents d'harmonie;
Mon œil, comme ébloui par une vision,
D'un mirage enchanteur poursuit l'illusion.
Un saint transport saisit mon àme, et je m'écrie :
« France, jeté revois! salut, belle patrie!
Mes enfants, mes amis, venez tous sur mon cœur!... »
Mais ce n'était qu'un rêve, un rêve de bonheur.