LA CHATTE BLANCHE
Pour peindre une chatte Blanche et délicate, Lafontaine, pourquoi n'ai-je pas ton pinceau? Des genoux de sa maîtresse Qui la flatte, la caresse, Elle s'est fait un berceau.
Elle se roule en cerceau, Et file un ronron si tendre, Que c'est plaisir de l'entendre.
Ses griffes? N'ayez pas peur :
C'est un ange de douceur.
De son rouet la cadence Va plus fort; Silence!
Du sommeil de l'innocence Elle dort.
Mais tout à coup, sur ses pieds redressée, On la voit, on l'entend, grondante, hérissée. Sans doute un rêve affréta a troublé son sommeil? Non, la colère seule a causé son réveil. Médor, de ce logis vaillante sentinelle, De la porte entr' ouverte a dépassé le seuil. Or, la belle Mitis ne dormait que d'un œil, Et, comme elle lui \<>ne une haine éternelle, La moindre occasion, les moindres incidents
Aiguisent contre lui ses griffes et ses dents. En proie à sa fureur laissant, cette mégère, Médor soudain repart d'une patte légère. D'avoir une querelle il est peu soucieux :
Il craint peut-être pour ses yeux.
La maîtresse bientôt : « Que t'a-t-il fait, méchante?
— Je le déteste, et je m'en vante;
C'est un infâme à tous égards. D'impudiques amours il blesse les regards ; Il est sale, grossier... Je le hais, c'est justice.
Oui, toujours je le poursuivrai,
Et tant je le tourmenterai, Qu'il faudra que le monstre enfin se convertisse. — Ah! tant d'outrecuidance et de sévérité
31e confondent, en vérité.
Médor, de ta colère innocente victime,
De chacun mérite l'estime.
S'il a quelques défauts, ses nobles qualités
Les ont grandement rachetés.
Tu n'en peux dire autant. De ta robe d'hermine
Si rien n'égale la blancheur,
Que dois-je penser de ton cœur?
D'un œil impartial veux-tu qu'on l'examine?
Et tes mœurs, en parlerons-nous?
Avec d'honorables matous Lorsque tu vas. la nuit, trotter sur les gouttières,
Est-ce pour faire tes prières?
3Iais tu rougis... Attends! nous n'avons pas tout dit. Le vol, la gourmandise, avec l'ingratitude,
Voilà tes péchés d'habitude. »
A ce détail sanglant F animal interdit
Ne sut trouver une réponse.
Sous une armoire il se blottit;...
Par repentir? non pas; mais pour fuir la semonce.
Hypocrite, que me veux-tu?
Sous le masque de la vertu,
On te voit, plein d'intolérance, L'arbitre de mon âme et de ma conscience! Veille sur ton salut davantage, et devien Un peu moins catholique et beaucoup plus chrétien.