LA LUNE ET LA COUTURIÈRE
A MADAME
De votre serviteur vous désirez, Madame, Que pour vous sa verve s'enflamme...
Mais vous avez tant de beautés,
De si charmants défauts et tant de qualités! Vous peindrai-je en simple toilette,
En costume de bal, ou sévère, ou coquette?
Anacréon n'est plus, le poëte immortel!
De vos rares vertus la chaîne éblouissante...
Je n'o^e \cs chanter sur ma lyre impuissante;
Il me faudrait, Madame, une harpe du ciel.
On conte que Phcebé, capricieuse et fièrc,
Fit venir une couturière.
« Moi. la reine des nuits et la sœur du soleil,
Je voudrais un manteau d'un éclat sans pareil. — Déesse, répondit la prudente ouvrière , De mes faibles talents disposez ; par malheur, J'éprouve à vous servir un embarras extrême,
Car vous n'êtes jamais la même; Vous changez tous les jours de taille et de couleur. Ce n'est pas un manteau, divine souveraine,
Qu'il vous faut; c'est une douzaine, Et chacun différent de nuance et d'ampleur. »