‹ Fables de P. Lachambeaudie (volume 2)Chapitre 245 sur 428 · LA LUNE ET LA COUTURIÈRE · texte numérisé non relu

LA LUNE ET LA COUTURIÈRE

A MADAME

De votre serviteur vous désirez, Madame, Que pour vous sa verve s'enflamme...

Mais vous avez tant de beautés,

De si charmants défauts et tant de qualités! Vous peindrai-je en simple toilette,

En costume de bal, ou sévère, ou coquette?

Anacréon n'est plus, le poëte immortel!

De vos rares vertus la chaîne éblouissante...

Je n'o^e \cs chanter sur ma lyre impuissante;

Il me faudrait, Madame, une harpe du ciel.

On conte que Phcebé, capricieuse et fièrc,

Fit venir une couturière.

« Moi. la reine des nuits et la sœur du soleil,

Je voudrais un manteau d'un éclat sans pareil. — Déesse, répondit la prudente ouvrière , De mes faibles talents disposez ; par malheur, J'éprouve à vous servir un embarras extrême,

Car vous n'êtes jamais la même; Vous changez tous les jours de taille et de couleur. Ce n'est pas un manteau, divine souveraine,

Qu'il vous faut; c'est une douzaine, Et chacun différent de nuance et d'ampleur. »

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