‹ Fables de P. Lachambeaudie (volume 2)Chapitre 261 sur 428 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

V Allier, le Mogador, le Duguesclin sont prêts Partez pour la Guyane et la rive africaine ! Fier de vos souvenirs, triste de mes regrets, J'ai choisi pour exil une terre prochaine.

L'amour est dans nos cœurs, chez nos juges, la haine : Mais je n'ai pas compris leurs différents arrêts,

Car si, rêver pour son semhlahle De longs jours de bonheur sans cesse renaissants, Est acte méritoire ou crime impardonnable,

Autant que vous je suis coupable, Autant que moi vous êtes innocents.

Salut, vieille Armorique, ô terre hospitalière ! Tes fils avec transport accueillent les proscrits. Nous avions sur ton sol de généreux abris; Une voix consolante, une main familière

Versaient leur baume en nos esprits.

Et moi qu'une muse constante Dans sa robe d'azur, toutes les nuits, endort, Sous les dolmen gaulois je déployais ma tente; Le gui sacré tombait sous ma faucille d'or,

Et dans les forêts druidiques Des bardes j'entendais les harpes prophétiques, Et mes contemporains, les poètes bretons, Accouraient vers leur frère échappé des pontons... Mais la réalité dissipait ce beau rêve :

Point de relâche ni de trêve !

Et la voix du sombre alguazil Criait : « N'oubliez pas le chemin de l'exil ! »

L'hiver qui longtemps nous assiège

Gagnait sa froide région ;

Et doucement fondaient la nei La neige de mon âme et son affliction.

La pâquerette solitaire Absorbait du soleil les rayons éclatants :...

Dans mon cœur, comme sur la terre,

Déjà renaissait le printemps.

Bercé par le courant de molles rêveries,

Du biniou j'entendais les sons,

Du rouge-gorge les chansons ; J'admirais, déployant leurs corolles fleuries,

Les narcisses dans les prairies.

Les fleurs de lait sous les buissons ;

Et voyant du sein des villages Des clochers, doigts de Dieu, monter vers les nuages , Je me disais : Enfin, abritons pour toujours, A l'écart, sous un chaume et sous de frais ombrages, Et mon corps et mon àme et toutes mes amours... Mais la réalité dissipait ce beau rêve :

Point de relâche ni de trêve !

Et la voix du sombre alguazil Criait : « N'oubliez pas le chemin de l'exil ! »

A cet appel nouveau redoublant de courage, Et le jour et la nuit je poursuis mon voyage.

Je vois Landivisiaux, Morlaix ; La vague de la mer me porte en Normandie, Et l'antique cité qui règne en Picardie

Est le dernier de mes relais. Là, bientôt oubliant mes malheurs et mes crimes ,

Et les bourreaux et leurs victimes, J'embrassais mon enfant, ce précieux débris

D'une famille dispersée, J'embrassais une amie, à le suivre empressée, Qui me disait : « Tous trois retournons à Paris ! ... » Mais la réalité dissipait ce beau rêve :

Point de relâche ni de trêve !

POESIES DIVERSES. 2oi

Et la voix du sombre alguazil Criait : « N' oubliez pas le chemin de l'exil ! »

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