‹ Fables de P. Lachambeaudie (volume 2)Chapitre 260 sur 428 · BRADAMANTE · texte numérisé non relu

BRADAMANTE

Sur le cours de Tourny, moi bien jeune, à Bordeaux,

Un soir, je vis sur des tréteaux Une ardente guerrière, une fille charmante, OEil de feu, casque en tête et panache flottant, Robe de soie et d'or au corsage éclatant... Sur une toile peinte on lisait : Bradamantet A la foule ébahie un paillasse criait

Qu'à l'escrime elle déliait Les maîtres les plus forts et les plus fines lames : t Le spectacle commence; entrez, messieurs et dames! » Le discours, ou plutôt la curiosité,

Et les attraits de la beauté, Parmi les spectateurs me firent prendre place.

Que de vigueur et que de grâce, De souplesse à la fois et de dextérité ! Tout à coup un désir me saisit et me presse; Je veux contre elle aussi déployer mon adresse. Trois mois, d'un vieux grognard j'avais pris des leçons Qu'interrompaient souvent le vin et les chansons. Je 1; . elle accepte, et je me mets en garde.

.Mais aussitôt je la regarde ■<■ amour, et sottement

J'oublie, en mon ravissement,

Et parade et riposte, et ma belle héroïne De vingt coups de fleuret caresse ma poitrine. D'un rire général je fus bientôt l'objet; Même je m'aperçus qu'elle me ménageait.

Près d'un sexe adoré, cause de tant de larmes,

Voilà tout le succès de mes premières armes.

Présage menaçant... trop bien réalisé!

Par ma candide foi trop souvent abusé,

Et lutteur inégal, attiré par vos charmes...

Mais du moins, l'amazone, avec des yeux moins doux,

Fut plus indulgente que vous,

Car je porte encor palpitantes De vos traits acérés les blessures saignantes. Eh bien ! de vos beaux yeux allumez les flambeaux, De vos robes de soie agitez l'oriflamme... Cachez sournoisement vos dards toujours nouveaux Sous les paillettes d'or, sous les regarde de flamme... Femmes, je vous le dis, mon cœur, tant qu'il vivra, Par vous toujours blessé, toujours vous aimera.

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