ROMANCE
Notre père est parti ; pour que Dieu nous le rende, Frère, prions à deux genoux.
Sa barque est si petite, et la mer est si grande ! Seigneur, ayez pitié de nous !
Contre recueil, contre l'orage, Seigneur, daignez le secourir ; S'il ne revient pas au rivage, Tous deux il nous faudra mourir.
— Frère, vois ce point dans l'espace, Ce point que nous montre un éclair...
Hélas! c'est un oiseau qui passe,
Qui passe et disparait dans l'air.
Notre père est parti; pour que Dieu nous le rende,
Frère, prions à deux genoux.
Sa barque est si petite, et la mer est si grande !
Seigneur, ayez pitié de nous !
Depuis que notre pauvre mère Parmi les anges remonta, Seul, près de nous, douleur amère!
Tout seul notre père resta.
— Frère, sa voile! bon courage !
La vois-tu, frère, à l'horizon?...
— Hélas! ce n'est qu'un blanc nuage Qui vole au gré de l'aquilon.
Notre père est parti; pour que Dieu nous le rende
Frère, prions à deux genoux.
Sa barque est si petite, et la mer est si grande !
Seigneur, ayez pitié de nous!
Ses lilets, sa barque fragile.
29i POÉSIES DIVERSES.
Voilà notre unique trésor; Cette cabane est notre asile; On y fait quelques rêves d'or.
— Frère, qu'apporte cette lame?
Du retour est-ce un précurseur?
— Hélas ! elle apporte une rame Et les vêtements d'un pécheur.
Notre père est parti; pour que Dieu nous le rende,
Frère, prions à deux genoux.
Sa barque est si petite, et la mer est si grande!
Seigneur, ayez pitié de nous !