‹ Fables de P. Lachambeaudie (volume 2)Chapitre 335 sur 428 · LA JEUNE FILLE ET LE VER A SOIE · texte numérisé non relu

LA JEUNE FILLE ET LE VER A SOIE

A Mademoiselle Farniv Desmarais.

Un bienfait n'est jamais perdu ; Tôt ou tard au centuple il nous sera rendu. Eh ! ne le fût-il pas, la douce récompense, N'est-elle pas encor dans notre conscience ?

Elle le savait bien, La jeune fille de ma fable.

A conjurer le mal, à pratiquer le bien Sa grande âme éprouvait une joie ineffable.

Elle entourait de sa bonté L'être le plus chétif, le plus déshérité.

Voyant, un jour, sur une branche De mûrier vert, une chenille blanche, Et contre elle d'enfants Espiègles et bruyants Une troupe acharnée, Elle prit aussitôt sous sa protection La pauvre bête à périr condamnée.

Sa généreuse intention Par le succès fut couronnée ; Les pierres, à sa voix, s'échappèrent des mains De nos gamins .

Un soir, à sa fenêtre Elle vit apparaître Un nuage de papillons, Épais et blancs comme la neige Que le vent chasse en tourbillons.

« Honneur, lui dirent-ils, à celle qui protège

Le faible contre l'oppresseur !

C'est toi qui de la mort as sauvé notre sœur. » Le nuage, à ces mots, disparut, ô merveille ! Laissant de quoi remplir mainte et mainte corbeille De cocons précieux, couleur d'or et d'argent, Qui, sous d'habiles mains, allèrent se changeant En écharpes, rubans, robes de fiancée, Richesse comparable au plus riche trésor.

Ainsi, je vous l'ai dit, je vous le dis encor, Toute bonne action sera récompensée.

Page 1