LA FLAMME ET LA FUMÉE
D'un faisceau de ramure en un bois allumée Sortaient des tourbillons de flamme et de fumée. La flamme dit enfin : >< Pourquoi me suivre ainsi? Par toi l'air que j'éclaire est soudain obscurci. » La fumée en ces mots répondit à la flamme : « Je ternis ton éclat, ma sœur, je l'avoùrai;
Mais, que cela m'attire ou l'éloge où le blâme, Toujours je t'accompagnerai. »
La flamme, c'est la gloire ; et l'autre... c'est l'envie De l'envie ici-bas toute gloire est suivie.
LA VERTU ET Lft CONSCIENCE.
Certain jour, la Vertu passait, Répandant sur chaque souffrance Le pain si doux de l'espérance.
A chaque cœur elle laissait Le souvenir d'une caresse, Le divin baume d'un bienfait :
Tous avaient part à sa tendresse.
Or, quand les justes dans leurs chants Mêlaient leurs actions de grâces, Les Vices ingrats et méchants En blasphémant suivaient ses traces.
Mais tant que ces démons jaloux, Lançant l'outrage et les cailloux, Confondirent leurs cris de rage, Une voix lui cria : Courage !
Une main essuya le sang Qui baignait son corps fléchissant.
Jusqu'au sommet de son calvaire Elle entendit la même voix, Et la main douce et tutélaire Porta la moitié de sa croix.
« Accepte ma reconnaissance, Dit en expirant la Vertu ; Mais, terrestre ou divine essence, Ange ou femme, qui donc es-tu ?
— Je suis... je suis la Conscience. »