LE LABOUREUR
D'un terrain rocailleux maudissant la culture, Guillot laisse ses bœufs errer à l'aventure , Brise et rejette au loin l'impuissant aiguillon, S'assied, désespéré sur un triste sillon, Et dit : « Je ne veux plus, sur im sol infertile, Supporter les sueurs d'un labeur inutile ; Dans ces champs de cailloux, de ronces hérissés, Vingt bœufs, avant le soir, tomberaient harassés ; Puis, les oiseaux du ciel, avant qu'ils soient en herbe, Dévoreront les grains par ma main dispersés, Et, plus tard, la tempête et les vents courroucés Ne me laisseront pas récolter une gerbe... » Aussitôt un passant, qui l'avait entendu, Vient lui rendre en ces mots L'espoir qu'il a perdu : » Tu t'imposas, sans doute, une pénible tâche; Eh bien ! jusqu'à la fin poursuis-la sans relâche; Arrache, chaque jour, avec acharnement, Les ronces, les cailloux qui causent ton tourment, Et tu \ erras, malgré les oiseaux et l'orage, D'abondantes moissons te payer ton courage... »
Vous qui de l'avenir creusez les vastes champs,
Et semez du progrès la semence céleste ,
Si plus d'un épi meurt sous le pied des méchants,
De l'incrédulité si le souffle est funeste,
Sachez d'un dur labeur vaincre les longs ennuis ;
Par la persévérance enfantez des prodiges.
De grandes vérités mû riront sur leurs tiges,
Dont les peuples, un jour, recueilleront les fruits.