‹ Fables de P. Lachambeaudie (volume 2)Chapitre 414 sur 428 · BÉNÉDICTION · texte numérisé non relu

BÉNÉDICTION

Parmi les souvenirs de mon adolescence, Se dresse un bon curé, plus gourmand que savant. De mon père il était oncle par alliance; Le dimanche à sa table on me voyait souvent. !l buvait dans un verre, à la surface peinte, Qui, rempli jusqu'au bord, contenait une pinte Il le vidait d'un trait. A partir du menton, Après chaque rasade, il lâchait un boulon De sa longue soutane, et, la chose est certaine, Le repas terminé,

Il en avait déboulonné Une dizaine.

Dix lois, en savourant les vins délicieux

Dont sa cave était toujours pleine,

\<ts le ciel il levait les yeux, De ses deux mains tenait bien haut son verre, Et, plongé dans l'extase 1 1 la félicité, il bénissait de Dieu Pineffable bonté.

Moi, jeune néophyte et précoce tr<

Bien repu, j'approchais gaiment D'un orgue sans clavier, monotone instrument

\ grand renfort de manivelle,

le répétais la kirielle

De sept uu huit vieux airs qui ne changeaient jamais. S'etant fait de ces sons une douce habitude, Le saint homme écoutait avec béatitude.

Et lorsque je me retournais Pour contempler sa face auguste, Il dormait du sommeil du juste.

Peut-être ce parent m"a-t-il légué sa foi.

Mais (oh ! combien je le préfère ! ) Mon esprit et mon cœur —du progrès c'est la loi — De ma reconnaissance ont élargi la sphère. A tout ce qui fut bon, à tout ce qui fut grand, Certe, on ne me trouva jamais indifférent. Tout élan généreux, tout ce qui brille ou chaule Électrise mes sens, m'éblouit et m'enchante; Et lorsque la nature, aux tableaux infinis, De ses riches couleurs m'accorde une parcelle, Lorsque de mon cerveau jaillit une étinc*:jll<\ Je dis avec transport : mon Dieu, je vous bénis :

Il'

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