SCÈNE II
PAUL, LE MÉDECIN
(Le médecin vas' assseoir dans son fauteuil, fait signe <i Paul cV avancer, lui taie le pouls. )
LE MÉDECIN
Qu'avez-vous?
paul, embarrassé, baissant la iéie.
J'ai des vers...
LE MÉDECIN
Quoi ! des vers à votre âge !
PAUL
Les premiers que je fis, je n'avais que dix ans.
LE MÉDECIN
Que dix ans !
PAUL
Oui, monsieur, dix ans, pas davantage.
LE MÉDECIN {il part, surpris. )
D'ordinaire, on les a plus lût et moins longtemps.
PAUL
•l'ai on ai fait ce malin...
LE MÉDECIN
Combien ?
PAUL
Une vingtaine.
LE MEDECIN
c.Vsi lu'auroup! nib^-moi, vous viennent-ils sans peine?
PAUL
Non j».is : Pondant la nuit, je veille haletant ; .r.ii la lète embrasée el le cœui palpitant.
LE MÉDECIN
(.4 part, lui tenant toujours la main.) C'est bien vrai, car son pouls bal deux fois par seconde.
(Haut.) Et sont-ils longs vos vers ? Il faut que l'on réponde
Atout...
PAUL
ren ai de huit, dp dix, de douze pieds.
LE MÉDECIN
Douze pieds ! (Apart.) leur longueur est extraordinaire.
PAUL
Pour vous les faire voir, si cela peut vous plaire. J'ai ai sur moi deux cents...
( II tire un cahier de sa poche. )
LE MÉDECIN
lis sont dans ces papiers?
PAUL
Oui. monsieur.. .
(Il présente le cahier au médecin.)
LE MÉDECIN
Quel sujet d'étude remarquable !
(Frai IL tant le cahier. )
Qu'est-ce que c'est ! Comment ! une chanson de table ! [Prenant union emphatique et moqueur. ) « Si vous buvez, la sombre maladie » Va pour jamais abandonner vos toits.
» Sur votre front une couleur fleurie » Brillera plus que la pourpre des rois... » Lue traduction de l'ode à Sextius !...
« Déjà les noirs frimas et les tristes hivers, » Chassés par le printemps, abandonnent nos plaines : » Déjà les doux zéphirs, de leurs tièdes haleines, y Ouvrent à dos vaisseaux le passage des mers... » Les troupeaux bondissants... a Une ode, une charade. Des fables, des sonnets !... Quel est donc ce rébus ? ( Il ji ih au l"in te cahier, )
l'Ai !..
Monsieur, ce sont mes vers...
(// va ramasser le cahier et le met dans sa poche.)
LE MÉDECIN
Voyez le beau malade !
Il vient d'un air piteux me confier sa main ; Sur-le-champ je me livre au plus grave examen : Je lui prèlo l'oreille en toute conscien- Lui, inl pour Page et pour la Faculté,
D'un air de bonhomie et de Bimplicité far un long quiproquo déroute ma science I
PAUL
Il en faut accuser mon inexpérience, Et d'une double erreur le risible accident. Voyant, tout récemment, venir dans notre \iilc lu docteur que Ton vante, un médecin habile, J'espérais pour ma muse un nouveau confident.
LE MEDECIN
Je ne puis écouter vos sottes rapsodies, El je dois tout mon temps à d'autres maladies. Laissez-mui ! laissez-moi, monsieur ; ne pouvez-vous Sur vos rimes aller consulter quelques fous ? ( Paul s'éloigne tout déconcerté, en faisant de profonds Hiluts. Le médecin est furieux.)
scè^e m.