‹ Fables de P. Lachambeaudie (volume 2)Chapitre 416 sur 428 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Le théâtre représente le cabinet du médecin: porte d'entrée au [milieu, porte latérale à gauche.

Paul, ensuite Camille.

( Paul entr'oupre ta porte et regarde de tous côtés. ) Oserai-je franchir ce seuil !

Camille, arrivant par La porte latérale. Qui vient?

PAUL

C'est elle.

CAMILLE

Que désire monsieur v

PAUL

Je viens, mademoiselle.

De monsieur le docteur réclamer des avis Sévères ; ils seront fidèlement suivis.

CAMILLE

.Monsieur, quelques instants asseyez-vous ; mon père De ses courses bientôt va rentrer, je l'espère.

PAUL

Certes, je puis attendre ici patiemment.... ( Camille veut sortir. )

Ah ! de grâce, veuillez m'éeouter un moment.

Par le charme des vers obsédé sans relâche,

C'est un vaste idéal où mon esprit s'attache.

Rebelle a tout devoir, sourd à mes intérêts,

Les vers, les vers surtout, ont pour moi des attraits.

Et, bravant à la l'ois les conseils et le blâme,

.le me livre sans craint ■ à L'ardeur qui m'enflamme.

i \ MILLE.

Qui donc vous a donné de précoces leçons?

l'Ai L

Mon Dieu, tout: des niveaux les suaves chansons, Les bois, l'azur des cieux, les voix de la nature....

mots, de leur cadence, à la Bimple lecture, Ma mémoire s'empare el peut les retenir :

Chaque étude récente est comme un souvenir. La mort revêt, sans doute, une forme nouvelle : L'esprit qui tout à coup à l'enfant se révèle, C'est l'écho du passé qui vibre jusqu'à nous. De ma mère on m'a dit qu'une flamme secrète A moi s'était transmise et m'avait fait poète ; Aussi, j'en suis tout fier, et je veux, voyez-vous, Puisqu'elle m'a légué sa pensée en partage, De ma mère toujours honorer l'héritage.

Ya\ez-vous pas déjà l'ait imprimer vos vers?

PAUL

Je lis mettre sous presse une chanson, naguère. Et je fus, pour cela, chassé du séminaire. Ah ! je m'attends encore à bien d'autres revers ! Mais, quel que soit le sort où la verve m'entraîne, Il trouvera mon àme impassible et sereine. J'avais, dernièrement, réuni sur vélin L'ensemble précieux de mes œuvres complètes, Quand mon père, effrayé du destin des poètes. A mes inventions a voulu mettre fin, En brûlant de mes vers une moisson si belle.

CAMILLE

Pour la postérité quelle perle cruelle !

PAUL

Quoi ! vous riez ! Eli bien, croyez-moi, chaque jour. De ma mère en secret le luth se l'ait entendre ; C'est un oiseau divin qui renaît de sa cendre. Et dont la voix s'anime au souffle de l'amour. Pour rendre de mes vers la source intarissable. Le ciel offre à mes vœux un objet adorable. On puisera toujours mon inspiration.

( \MFI.LK.

Pouvez-vous me nommer, sans indiscrétion,

La beauté que vus chants doivent rendre immortelle ?

PAl !..

Oui. je la nommerai... c'est \ou<. mademoiselle...

Comment aimer quelqu'un que Ton ne connaît pas

l'Ai L.

Gomment ! Toute la ville admire \<>> appas. ri je...

I win.l.E.

Mon père el moi. pour la terre natale, Noua avons depuis peu quitté la capitale...

— îsa

PAUL

Pour agiter le cœur d'un doux frémissement,

Il ne faut, croyez-moi, qu'un regard, un moment.

{Lui offrant un billet.} Recevez dans ce pli ( daignerez-vous le lire? ) Le poétique aveu de l'amour qui m'inspire... De n'avoir pas déplu dois-je garder l'espoir ?

CAMILLE

Monsieur, voici mon père ; au revoir !

PAUL

Vu revoir !

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