‹ Fables de P. Lachambeaudie (volume 2)Chapitre 44 sur 428 · LE ROI ET LES MINES D'OR · texte numérisé non relu

LE ROI ET LES MINES D'OR

Dans un pays fertile en mines d'or, lu prince à son orgueil donnant un libre essor,

Disait : « Les mines du Potose, Près des nôtres, ma foi, vaudraient fort peu de chose. Et Crésus, entre nous, n'était qu'un mendiant.

Les merveilles de l'Orient Vont pâlir à ma voix ainsi qu'un vain fantôme . Je veux que dès demain on pave mon royaume De ce métal divin à l'éclat sans pareil, Et que cent palais d'or éclipsent le soleil.

Pauvres qui vous courbez sans ces Pour de maigres é[>is sur des sillons ingrats, De plus nobles travaux réclamenl tous vos bras ; Dans les lianes de la terre est l'uniqne richesse!... » Dès qu'un roi dit : Je veux ! sans aucun examen

Les courtisans disent : Amen !

Ils applaudirent tous à cette œuvre insensée. La reine, alors, voyant la glèbe délaissée

Pour une futile moisson, Réserve à son époux une haute leçon :

Une femme a toujours quelque sainte pensée.

Elle annonce pour certain jour Un festin somptueux au monarque, à sa cour. Le jour dit, au salon la foule qui s'avance Des mets les plus exquis savoure l' espérance. L'heure du banquet sonne, et Ton apporte enfin Des plats tout chargés d'or, mais de l'or le plus fin, Qu'on place en observant l'ordre et la symétrie. « C'est, pensa-t-on d'abord, pure plaisanterie; On veut par ces retards aiguiser notre faim ; Patience ! les dents vont faire leur office. »

On attend le second service :

Au second, au dernier, qu'apporte-t-on encor? De l'or ; puis au dessert? de l'or, toujours de l'or. « Vous le voyez, seigneurs, dit la sage princesse, Ce métal attrayant n'est qu'un fictif trésor, Et sans l'agriculture il n'est pas de richesse !... »

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