LA POMME D'API ET LE VER
Une pomme d'api brillait dans un verger; Jamais dessert de roi n'en eut de plus jolie. Pour voir son incarnat, sa peau fraîche et polie, Les papillons près d'elle aimaient à voltiger. Maints polissons revenant de l'école, A coups de pierre, à coups de gaule, L'auraient mise en quartiers ; mais des buissons touffus Opposaient un rempart à nos gamins confus. Qu'elle est fière ! des fruits elle se croit la reine. Vanité ! car bientôt la jeune souveraine Se sentit dévorer par un ver assassin Qu'un soleil de printemps fit éclore en son sein.
Sous le sort le plus beau , sous les biens qu'on envie , Le plus souvent se cache une douleur, Hélas! et, sans qu'on le convie, A nos joyeux festins vient s'asseoir le malheur.