‹ Fables de P. Lachambeaudie (volume 2)Chapitre 93 sur 428 · L'ENFANT ET LES FLEURS · texte numérisé non relu

L'ENFANT ET LES FLEURS

Dans les champs voisins d'une ferme

De beaux froments étaient en germe ;

En même temps germaient aussi La blanche pâquerette et le jaune souci.

Du printemps la saison vermeille, De ses sucs généreux fertilisant les blés, Aux sillons prodigua les fleurs de sa corbeille.

On voyait croître, entremêlés, Bluets, coquelicots, marguerites, pensées,

Muguets, boutons d'or étoiles, Et clochettes traînant leurs tiges enlacées. Lorsque pour voir ses blés s'en va le laboureur, Alfred, son jeune fils, admire chaque fleur. Que la tempête au loin répande les alarmes, Que la bise tardive apporte des glaçons : « Grand Dieu! dit le fermier, protégez nos moissons !

— Ciel, épargnez mes fleurs! » dit l'enfant tout en larmes.

Dans l'été, lorsque les passants Émerveillés, disaient : Oh ! les blés ravissants ! » Alfred disait tout bas : « Que ces fleurs sont gentilles ! » Les épis arrivant à leur maturité, Dès l'aube le fermier fait armer de faucilles Ses fils et ses voisins, qui, pleins d'activité, S'en vont des blés jaunis recueillir mille gerbes. Alfred, de son côté, fait des gerbes de fleurs. « Oh! l'enfant paresseux, avec ses folles herbes! » Criaient, en ricanant, les rudes moissonneurs. Et lui, d'un seul objet nourrissant sa pensée, En chantant poursuivait sa tache commencée. Mes gens gagnent enfin, à la chute du jour, La ferme où les attend une table frugale. Ruisselant de sueur, Alfred vient à son tour,

Et dignement il veut qu'on le régale : « Qui ne travaille pas ne mange pas, enfant ! Lui dit-on aussitôt; mais lui, tout triomphant, Il offre aux conviés mainte fraîche guirlande. Pour prix de sa naïve offrande, Chacun l'embrasse, et de grand cœur On l'accueille au repas comme un bon travailleur.

L'enfant que j'ai chanté, c'est l'artiste candide

Qui, sur un monde austère et de richesse avide,

Des poétiques fleurs aime à verser le miel.

Mais quand sa tète est lasse et que la faim le presse,

Il trouve rarement, paria qu'on délaisse,

l ne table commune, un foyer paternel.

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