‹ Fables de P. LachambeaudieChapitre 162 sur 354 · LE CHEVAL DE DON QUICHOTTE ET L'ÂNE DE SANCHO PANÇA · texte numérisé non relu

LE CHEVAL DE DON QUICHOTTE ET L'ÂNE DE SANCHO PANÇA

Don Quichotte, le soir d'une rude journée

— Les pâturages les plus verts

Pleine d'émotions et de rares exploits,

Sont notre récompense;

A côté de Sancho sommeillait dans leS bois;

On nous aime, à souhait s'arrondit notre panse,

L'un rêvait aux grandeurs, et l'autre à Dulcinée.

Et mitre renommée étonne l'univers.

Voyant leurs maîtres endormis,

Crois-en ma vieille expérience,

Hossinante et Grisou causaient en bons amis.

Toute médaille a son revers.

L'une dit au cheval : « Mon brave Rossinante .

J'ai mainte et mainte cicatrice,

11 me vient une idée heureuse, surprenante;

Des dangers de la gloire ineffable indice;

Veux-tu que, rejetant notre rôle passif,

La soif, la faim ,

Nous allions sans retard, et d'une âme aguerrie,

Les fatigues sans lin,

Parmi les animaux, race à l'esprit rétif,

Le mépris et les coups ont été mon partage.

Créer le noble état de la chevalerie?

Toi, loin de nos combats par Sancho bien nourri,

L'un de l'autre jamais jaloux,

Tu n'eus que les plaisirs et l'honneur du voyage.

En compagnons toujours fidèles.

Ah! songe à mes douleurs, vois mon corps amaigri...

Nous courtisons toutes les belles

— Je sens, dit. le baudet, chanceler mon courage.

Qui broutent les prés andalous.

Je n'avais pas encore, il faut en convenir,

Forts de notre lion droit et de notre vaillance.

Sous ces noires couleurs entrevu l'avenir.

Nous redressons les torts, nous sauvons l'innocence.

ISeaux projets, je vous abandonne;

Agneaux , ne craignez plus la colère des loups !

La gloire, je le vois, présente une couronne

Faibles, soyez heureux: consolez-vous, victimes;

D'épines et de fleurs..: Qui craint de se blesser

Tigres, nous voici : gare a vous!

A la saisir doit renoncer »

Mais l'autre : .< Qu'attcnds-lu de tes efforts sublimes?

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