‹ Fables de P. LachambeaudieChapitre 216 sur 354 · LES SAUVAGES ET LE VIOLON · texte numérisé non relu

LES SAUVAGES ET LE VIOLON

Porté par l'Océan vers un peuple sauvage,

Avec tai)l d'harmonie et tant de vérité.

Un virtuose allait sur le rivage,

Donnons-lui, dirent-ils, un pouvoir sans limite;

Son violon en main, pour calmer ses ennuis.

H réalisera tout ce qu'il a chanté. »

On l'entendait, toutes les nuits.

Ils eninprircnl bientôt leur méprise grossière,

Faire relater son àme en notes gémissantes,

El, tout confus, dans la poussière

En accents belliqueux. Sous ses doigts, tour à loin .

Ils laneeieni si majesté.

Retentissaient la guerre et la paix eï j'amour,

L'un d'eux, de la connaître avide,

Sa pensée inspirait les cordes frémissantes.

L'examinant à fond, la trouva creuse et vide.

Pour la première fois les échos d'alentour

Redisaient de tels sons. La peuplade, attentive,

Ue tout eire :l ne faut exiger, croyez-moi,

Se tenait en extase et l'oreille captive.

Que ce qui sied a sa nature.

Un soir qu'il était endormi

Du Violon chez nous, trop soin eut, sur ma foi,

Près de son instrument, son trésor, son ami.

Se rcnouvalje l'aventure.

Les Sauvages lui dérobèrent

Parce qu'un homme chante ou l'ait de beaux discours'

In contiilent si précieux,

On le croit profond politique.

Et triomphalement sur un trône portèrent

Ëles-vous orateur, ou poëte, ou critique,

Ce fétiche de bois, ce roi mélodieux,

Vous deviendrez, un de ces jours,

Pour leur bonheur, sans doute, envoyé par les dieux.

Ministre, ambassadeur, agent diplomatique....

« 11 sait, certainement, les choses qu'il imite

Peuple, dans celle erreur tomberas-tu toujours?

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