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FLEURS DE RONCE

A MON AMI A. NIZET.

Veux-tu lire des vers par la Ronce inspirés? Parmi sa feuille sombre et ses dards acérés

Elle porle des fleurs d'une douceur extrême. De ton sort, ô poète, une ronce est l'emblème.

FIN DUS FAULE».

POÉSIES DE LACHAMUEAL'DIE

LA YAPLTR.

Et rcnovabis faciem tcrraj.

Év/.ng.

Un vieillard et son fils, au haut dune montagne,

D'un regard attentif plongent dans la campagne;

Ils ont vu s'élancer vers des pays lointains,

Sur vingt chars attelés d'une locomotive,

La génération industrieuse, active,

Que la vapeur convie à de meilleurs destins.

Sur ce nouvel enfant de la science humaine

Eclaire mes esprits et mes yeux incertains.

Quel est ce noir coursier qui vole dans la plaine,

Et porte pour panache un blanc nuage au front?

A saisir l'inconnu noire siècle si prompt

Ne l'accueille-l-il pas avec trop d'imprudence?

Est-ce un don de l'Enfer ou de la Providence?

Ce coursier merveilleux, ce moteur tout-puissant, Dont le fer est le corps, dont la vapeur est l'âme,

Que le chauffeur nourrit d'eau, de houille et de flamme,

Du sein de l'atelier s'échappe hennissant.

Où vont les aquilons, le cerf, l'aigle intrépide?

Ils luttent de vitesse avec son vol rapide !

Vains efforts ! il dépasse en ses fougueux élans,

Le cerf aux pieds légers, les oiseaux et les vents.

Que des monts sourcilleux se dressent sur sa route.

Pour lui livrer passage ils entr'ouvrent leurs flancs;

Dans le roc le plus dur il se creuse une voûte ;

Ni le fleuve écumeux, ni l'abîme béant,

Ne peuvent dans sa marche arrêter le géant;

Des ponts, des viaducs à ses rails parallèles

Offrent subitement leurs arches fraternelles ;

Et que la grande mer lui dise : Halte-là!

Un bateau se présente, et répond : me voilà?

Et, traçant un sillon de l'un à l'autre monde,

L'homme avec la Vapeur fend l'Océan qui gronde.

Qui sait? prenant, un jour, un vol audacieux,

Tous deux ils tenteront le voyage des deux!

Pans. — Typographie de Gaitlet el C'e, rue Glt-lo-deur, 7.

POÉSIES DE LACHAMP.EAUDIE.

c'était le temps des i l'jes,

L'Enchanteur et la Fée, aussi prompts que l'éclair, A leur gré parcouraient les royaumes de l'air : La vapeur accomplit ces rê\es poétiques. C'est un agent si fort et si prodigieux, Que Salomon de Caus, voulant à nos aïeux En faire pressentir le résultat immense, Fut accusé d'erreur, convaincu de démence. Certain jour, dans un vase étroitement fermé, L'onde bouillant au sein du foyer enflammé, Dans sa prison de fer en vapeur se dilate; Avec un bruit de foudre enlin le vase éclate. Salomon à la cause, en voyant les effets, Remonte, et la vapeur, et ce levier suprême, Qui du bonheur humain résoudra le problème, Lui dévoile à la fois sa force et ses bienfaits. L'idée en son cerveau vient grandir et s'étendre; Du cardinal-ministre il veut se faire entendre,; Mais, de la politique alors préoccupé, Méditant des combats, ou, par malheur, peut-Être Par des savants jaloux le grand homme trompé, Fit chasser l'importun... qui mourut à Bicêtre. Tel fut souvent le sort du génie incompris.

Vous avez vu des prés, par le soleil flétris, Ne donner aux troupeaux qu'un aliment stérile; Nul ruisseau généreux, nulle source fertile Dans le sol altéré n'infiltrait leur.-, engrais. Mais on y creuse enfin des canaux puis et frais; Et, riante, l'on voit la verdure renaître; Et les bœufs bondissants y viennent se repaître.

Ainsi, dans les hameaux que n'ont point arrO Les abondantes eaux des bords civil

Régnent la pau> , l'ignorance, l'envie.

. ; bien usant Sur tous les points du sol s'étendant, se croisant, Dan le corps social fait circuler la \ie. ie cité devient un vaste réservoir , oulonl a, loi i et savoir,

i ne communion de mœurs el de langage h. . hommi , des produi iris,

i peupli mis rapports ,

D'une fé le paix n i t ce r

i ivrez vous; barrières el remparts,

l ombi / , c'e i la vapeur qui \ ienl de loul i t ii uni ■ i belle .

Qui i lei ii mi i d'une i si on si belle .

n il prendre place à oe banquet pro un tous s. mi appelés, où l i que Napoléon . i aptil a Sainle-Héli n \ n le Fultt 1 1 tr la liquid

Il fut pris d'un regret bien profond, bien amer,

De pas n'avoir compris l'élément dont la fi

Lui pouvait-assurer l'empire de la mer.

Mais Dieu" ne voulait pas que l'aigle de la Corse,

Poursuivant jusqu'au bout son belliqueux transport,

De l'instrument de paix fit l'instrument de mort.

L'homme enfin revenant à sa fierté native, Pour se faire obéir, rend la vapeur captive. Docile, elle lui dit : Médite, j'agirai; Elle lui dit : Commande, et je te servirai. Et l'homme, glorieux de sa noble conquête, Renonce aux durs travaux et relève la tête. Cent fois et mille fois, par ses soins importants, Aussi bien que l'espace elle abrège le temps. Décuplant, centuplant les puissances humaines, On la voit dessécher les mines souterraines, Dans l'usine agiter les sonores marteaux. Lever, en se jouant, les plus rudes fardeaux; Puis on la voit , fileuse adroite et délicate, Tisser l'or et la soie et tourner les fuseaux : Tel le roi des forêts tient un rat sous sa patte, Sans lui faire de mal, près du tigre abattu; Tel, après ses exploits, Hercule, revêtu De la peau du lion, dépouille triomphale, Amant doux et soumis, filait aux pieds d'Omphale.

L'espérance t'abusa, ô mon fils; la vapeur, D la fatalité c'est un présent trompeur. Ce fléau que versa la boite de Pandore, Comme les dieux cruels , comme le Minotaure . Dans sa rage implacable a soil du sang humain. Il en voulut hier, il en voudra demain. A ce monstre Lyon, Liverpool el Versailles Ont payé leur i les funérailles.

i , heval, avant d'être el souple el familier,

U;,,,! de suppo tei ou le mors on la bride.

Au fond d'un noir ravin, dans quelque lande aride

I , a plus d'une fois le ! lier.

le l'homme, qu'enfin il reconnu! pour maître,

II fol le serviteur Bdi I mi.

I toute invention . c'esl une loi peul êti e .

II faut paver sa délie el de pleins el de salie;.

Hlais qi Ile erreur, qnel blasphème!

Ah! c'esl l'homme lui seul, non la bonté suprême, Que de nos longs malhcui le dn Ue | oser.

Mon père, i

POESIES DE LACIIAMBEAUDIE.

■jy.i

Oui, le génie est roi do la création.

N'écoutant qu'une noble et sainte ambition, Il parcourt son domaine et soumet la matière; 11 impose des lois à la nature entière; Tout obéit, tout cède à ses constants efforts. La terre sous ses pas tressaille d'allégresse. Et, se parant de fleurs, étalant sa richesse, A son fils, à son maître elle ouvre ses trésors. Dieu ne se voile plus de ses mystères sombres; A Prométhée absous il prête son flambeau; La presse des esprits a dissipé les oml Chaque jour nous révèle un élément nouveau; Et la vapeur enfin, reliant ses conquêtes, Ramène l'âge d'or tant chéri des poètes.

D'un monde imaginaire empruntant les couleurs,

Longtemps la poésie a vécu de symboles,

De mensonges dorés, de mythes, d'hyperboles,

Ou, du momie réel étalant les malheurs,

Elle chanta la mort, soupira l'élégie,

Et, pour se consoler, se vautra dans l'orgie.

Barde, n'exalte pas les combats destructeurs;

Célèbre désormais, pacifique Tyrtée,

Les amours, les beaux arts, les travaux créateurs;

Au nouvel Amphion, qu'à ta voix enchantée Naissent des monuments utiles, glorieux; Poète, à la douleur que ton luth fasse trêve; La vérité bientôt remplacera le rêve, Et la réalité sera le merveilleux.

A vous une couronne, à vous une statue, 0 Salomon de Caus, Walt, Papin et Fullon! De génération en génération

Votre nom grandissant vole et se perpétue. Chacun de vous, sublime en sa témérité, Osa de la vapeur pénétrer le mystère : Vos travaux seront chers à la postérité; Us ont renouvelé la face de la terre.

0 mon fils, à mon cœur il est doux d'entrevoir Ce riant avenir que je n'osais prévoir. Je croyais des mortels la race infortunée Dans l'exil et les pleurs à vivre condamnée. Oui, le ciel apaisé nous rendra son amour. Dans toute sa splendeur si je ne vois ce jour Qui se lève sur vous, éclatant météore, J'ai du moins le bonheur d'en saluer l'aurore.

LE MÉDECIN

Bcncdlctas qui venit in noniin,c Doini: i! Éva.ng.

Lorsque l'antique foi, vers les cicux envolée, Laisse veuve ici-bas notre âme inconsolée . Et que l'encens s'élève aux autels du veau d'or; Lorsqu'au saint dévoûment l'égoïsme succède , Que le pauvre maudit le destin qui l'obsède, Que l'amour est vénal, que l'amitié s'endort;

Honneur à ces mortels dont le noble courage - Des fléaux destructeurs ose braver la r;

Dont le bras toujours fort lutte avec le trépas!... Gloire a ces demi-dieux!... leur science profonde Vaut mieux que la richesse où noire espoir se fonde Leur sourire est le seul qui ne trahisse pas.

Vous qui volez partout où gémit la souffrance, A chaque désespoir offrant une espérance, Ma muse vous préfère aux plus vaillants guerriers. Hommes aux doux regards, aux suaves paroles, Anges qui sur vos fronts portez des auréoles, Acceptez mon hommage et mes frêles lauriers.

Sous deux manteaux sacrés je vous vois apparaître : Le manteau d'Hippocrate et la robe du prêtre Entrelacent pour vous leurs replis fraternels; Car, ainsi que nos corps, vous sauverez nos âmes, Et vous saurez mêler, mystérieuses flammes, Aux secrets d'ici-bas les secrcls éternels...

Ainsi, lorsque Jésus, au bord de la fontaine, Disait la parabole à la Samaritaine, Quand d'une pécheresse il bénissait les pleurs, Ou portait au bercail la brebis qui s'égare, Sa voix du froid cercueil ressuscitait Lazare, El du paralytique apaisait les douleurs.

Fidèles au malheur dont le cri vous réveille, Vous visitez l'asile où la charité veille, L'humble paille du pauvre et l'édredon des rois; De l'enfant au berceau, du vieillard qui chancelle Quand s'éteint par degrés la dernière étincelle, De l'agonie en pleurs vous allégez la croix.

Quand l'horrible typhus, la peste au souffle immoi Va dévorant sa proie cl décimant le monde, bans ses flancs ténébreux vous fouille/, tour à tour, Et le lléau terrible, aux ailes redoutàbli .

0 prodige! ô bonheur! vous trouve invulnérables, Et vous sorti'/ vivants des ongles du vautour!...

Oh! de l'humanité vous êtes les apôtres! L'astre de votre gloire éclipse tous les autres; Au fond de tous les cœurs vous ave- des autels; Et je veux (pie bientôt le barde prophétique, Evoquant de son luth la flamme poétique, Divinise vos noms dans ses chants immortels!

Ami, vous êtes grand parmi ceux que je chante : * bonté, génie, en vous tout nous enchante;

1 n archange du ciel se plut à vous bénir;

Et sans doute une fée, agitant des corbeilles Pleines de doux parfums et de blondes abeilles, De mille talismans dora votre avenir.

Comme l'infant coupable, eu sa frayeur amère, Dans les bras d'une sœur, sur le sein desa mère, Va chercher un abri contre un père en courroux , Ainsi le malheureux que la douleur accable, Pour conjurer du mal le fantôme implacable, Se sauve sous votre aile et n'espère qu'en vous.

11 dit que sous vos pas vous semez des miracles, Et que de votre bouche émanent des oracles Dont la magie empêche une àme de partir; El vous, vous souriez; et, plus le danger presse, Plus douce est la liqueur, plus tendre est la caresse Hue votre main prodigue aux adieux du martyr.

Vous atteignez du front les plus sublimes tètes! Dans les champs du progrès, riches de vos conquêtes. Vous creusez des sillons où naissent des primeurs. Laissez des détracteurs les hordes fanatiques Traiter tous vos efforts de rêves fantastiques; Courage ! des méchants méprisez les clameurs.

Sachez que la science est une forêt sombre Où croissent sous les fleurs des épines sans nombre, Où sillle un noir serpent qui jamais ne s'endort. Ce serpent, c'est l'envie, hydre affreuse sans doute; Mais pour qui peut franchir les dangers de la route, bientôt au fond des bois brille le rameau d'or!...

POESIES DE LACHAMBEAUD1E.

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