‹ Fables de P. LachambeaudieChapitre 278 sur 354 · LÉONTINE · texte numérisé non relu

LÉONTINE

Ce soir, quand la lune argentine Promènera sur nous son disque triomphant, Nous irons au hameau qui berce Léontine. Sous un chaume paisible, au haut d'une colline, Lue femme joyeuse allaite mon enfant.

Nous partirons quand ma mère endormie Recueillera les songes du passé.

Pendant longtemps encor que son esprit bercé Ignore... Ah! si jamais quelque voix ennemie Lui découvrait l'erreur qui fascine ses yeux, La douleur au tombeau conduirait sa vieillesse. Ciel , prolonge l'instant des pénibles aveux!... Venez; vous remplirez le plus doux de mes vœux. — Oui, je viendrai, — lui dis-je; et je tins ma promesse. Quand j'arrivai, le soir, douteuse elle attendait,

Et, soucieuse, elle écoutait Si rien ne vient troubler sa mère qui sommeille.

A son bras pend une corbeille Où sa main , dans le jour, a clos soigneusement Les hochets de l'enfance et le pain du voyage.

Hors des toits sortis lentement, Nous essayons sans bruit le doux pèlerinage. Soudain ma voix murmure avec ravissement : « Mortels, enivrez-vous du pavot salutaire, Et de nos pas furtifs respectez le mystère. Pendant l'heure des nuits, si votre œil curieux Dans les sentiers déserts nous observait tous deux, Votre souffle empesté noircirait notre vie, Car j'ai pleuré souvent des fureurs de l'envie. »

Cependant, silencieux, l'es chemins isolés nous franchissons l'espace. Telle une ombre, agitant de funèbres flambeaux, De la terre des morts effleure la surface Et dans l'obscurité visite les tombeaux

Ou tel le pasteur des hameaux, Pieux, atteint le seuil où languit la misère, Allège sa souffrance et lui promet les cieux.

Sur nous passait une brise léger.'.

Aussi douce à nos cœurs que le baiser d'un frère,

Que l'haleine des bienheureux, Et la sœur du soleil de son phare nocturne Piépandait la lueur et passait taciturne. Oh! je préfère, moi, celte molle clarté A tout l'éclat du jour qui brille avec fierté. L'âme alors s'égaranl dans la foule des songes, Heureuse, boit l'erreur de leurs vagues mensonges. « Votre enfant, m'écriai-je, assise en son berceau, Voit un ange de Dieu qui voltige autour d'elle, Car ces esprits d'en-haut caressent de leur aile Le naissant et frêle arbrisseau...

Derrière fuyaient les campagnes; Gaîment nous gravissions l'apreté des montagnes, Quand nous voyons le chaume où Léontine dort. « C'est là, voyez, c'est là! dit la mère ravie. Je t'embrasserai donc, o mon ange, ô ma vie! J'aurai donc sur mon sein ce précieux trésor!... Chantez-moi, poursuit-elle, un de ces airs champêtres Que fait entendre au loin le jeune pastoureau

POÉSIES HE LACHAMBEAUDIE

Lorsqu'il conduit au loin le troupeau de ses maîtres. Elles croiront alors, les filles du hameau, Entendre un beau berger que le ciel leur envoie; Elles tressailleront d'espérance et de joie. » J'entonne sur-le-champ de rustiques chansons; L'écho des bois s'éveille et reconnaît ces sons. La mère cependant, vers la porte élancée, A coups redoublés frappe, et d'une voix pressée S'écrie à plusieurs fois : « Montagnards levez-vous! » Et de longtemps sa voix ne put èlre entendue : Le sommeil est aux champs bien profond et bien dou Mais on ouvre, et chacun s'empresse autour de nous. Et de chacun bientôt l'étrangère est connue. Des berceaux sont épars; son regard les suit tous... « Ne troublez pas l'enfant! dit la seconde mère : Léontine savoure un tranquille sommeil.

Attendez; je vais, moi, découvrir sa paupière. Et son front sourira, rayonnant et vermeil. » Mais ce murmure étrange éveille Léontine; Soudain des cris aigus annoncent son effroi.

Et sa mère, pleine d'émoi, Pour apaiser ses cris, sur la couche s'incline.

Elle dépose alors Mille baisers brûlants sur la lèvre enfantine. Des pleurs délicieux révèlent ses transports. Impétueux élans de l'amour maternelle, De vous qui peut tracer une image fidèle? Hoi, je brise ma plume et mon faible pinceau : Les mères, mieux que moi, vous peindront ce tableau. Elle s'éloigne enfin de la couche chérie Et s'avance vers nous, radieuse, attendrie. Aux villageois émus adressant nos adieux, Avant le jour naissant nous repartons tous deux. Notre course fut prompte, et dans la cité sombre Nos pas d'aucun mortel ne furent découverts. Quand l'astre oriental fil évanouir l'ombre Kl de ses rayons d'or éclaira l'univers, On me vit promener avec indifférence, Et nul ne se douta d'une aussi courte absence.

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Parmi les spectateurs me firent prendre place.

Que de vigueur et que de grâce, De souplesse à la fois et de dextérité ! Tout à coup un désir me saisit et me presse; Je veux contre elle aussi déployer mon adn Trois mois, d'un vieux grognard j'avais pris des leçons Qu'interrompaient souvent le vin et les chansons. Je fais signe, elle accepte, et je me mets en garde.

Mais aussitôt je la regarde

Avec amour, et sottement

J'oublie en mon ravissement, Et parade et riposte, et ma belle héroïne De vingt coups de fleuret caresse ma poitrine. D'un rire général je fus bientôt l'objet; Même je m'aperçus qu'elle me ménageait'.

Près d'un sexe adoré, cause de tant de larmes, Voilà tout le succès de mes premières armes! Présage menaçant... trop bien réalisé!

Par ma candide foi trop souvent abusé, Et lutl :ur inégal, attiré par vos charmes... Mais, du moins, l'amazone, avec des yeux moins doux. Eut plus indulgente que vous, Car je porte encore palpitantes De vos traits acérés les blessures saignantes. Eh bien ! de vos beaux yeux allumez les flambeaux , De vos robes de soie agitez l'oriflamme... Cachez sournoisement vos dards toujours nouveaux Sous les paillettes d'or, sous les regards de flamme... Femmes, je vous le dis, mon cœur, tant qu'il vivra, Par vous toujours blessé, toujours vous aimera.

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