‹ Fables de P. LachambeaudieChapitre 316 sur 354 · J'AI T \\ ENTE ANS · texte numérisé non relu

J'AI T \\ ENTE ANS

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J'avais quinze ans lorsqu'un vieillard morose Dit à mon père : « Écoute bien :

L'art de prédire est une triste chose... Jamais ton fils ne fera rien. »

De la boutade du vieux sage, Incrédule, j'ai ri longtemps;

Hélas! trop bien s'accomplit le présage :

Je n'ai rien fait, et j'ai déjà Trente ans.

Je bâtissais des châteaux sur le sable, Châteaux qui ne vivaient qu'un jour;

Je poursuivais un rêve insaisissable, Un rêve de gloire et d'amour.

Après une trop longue enfance , J'ai vu s'envoler mon printemps.

Adieu l'amour, ainsi que l'espérance :

Je suis bien pauvre et j'ai déjà Trente ans.

POESIES IlE LACHAMBEAUDIE.

J'aime les arls, que le peuple idolâtre, J'aime les vers enfante du ciel;

J'aime la lyre et les chants du théâtre , Et les vierges de Raphaël.

Mais, comme un mendiant contemple De loin les palais éclatants,

Je ne m'assieds qu'à la porte du temple :

Je suis sans gloire, et j'ai déjà Trente ans.

Mais écartons la trop cruelle image

D'une affreuse réalité; A notre siècle une voix dit : Courage !

C'est la voix de la Liberté.

Contre la paix et la justice

Se brisera la faux du Temps.

Je veux porter ma pierre à l'édifice : Le siècle marche, et j'ai déjà Trente ans.

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