‹ Fables de P. LachambeaudieChapitre 324 sur 354 · FERMEZ LES YEUX · texte numérisé non relu

FERMEZ LES YEUX

Am ilii Carnaval de Meissonnier.

Mon cher curé, souffrez que je vous parle, Sans préjugé, du peuple et de ses mœurs : Rebelle aux lois de Philippe et de Charle, 11 fait la guerre aux ruineuses grandeurs. Fermant l'oreille aux croyances mystiques, Il cherche en bas le royaume des cieux. S'il rit des saints, du pape et des reliques. Fermez les yeux, curé, fermez les yeux.

Pour héritage il reçut l'indigence ; Sur ses haillons on prélève l'impôt; De par l'Église il doit faire abstinence, Lui qui jamais ne mit la poule au pot. Si de lard frais il se damne au carême, Carpe ou brochet lui conviendrait bien mieux. Vous qui vivez de tartes à la crème, Fermez les yeux, curé, fermez les yeux.

11 ne craint plus les peines infinies

Des noirs enfers peuplés de noirs démons;

11 lit Voltaire au lieu des litanies;

On dit aussi qu'il bâille à vos sermons.

Comme il lui faut un prêtre à large manche,

Il se confesse à quelque ami joyeux.

Au cabaret s'il danse le dimanche,

Fermez les yeux, curé, fermez les yeux.

Voyez, voyez! d'une auberge il s'approche Quand V Angélus sonne la fin du jour; C'est qu'il préfère au bruit de votre cloche Le bruit du verre et les chansons d'amour. Sur des trésors il passe les mains nettes; Jeunes houris le rendent plus heureux.

Si, malgré vous, il aime les fillettes, Fermez les yeux, curé, fermez les yeux.

LES f.KEXOUILLES ET LES CRAPAUDS.

Aut de Calpigi.

Hier, le long d'un marécage, Cueillant des fleurs sur le rivage, Caressé par les feux du jour, Je me sentis épris d'amour, [bis.) Tout à coup, ô surprise étrange!

Par milliers je vis dans la fange , Pour le plaisir frais et dispos , Les Grenouilles et les Crapauds, [bis.)

Pendant deux jours, bonheur insigne!

Le fait de remarque est bien digne, On dit que les crapauds hideux D'amour se parlent deux à deux, {bis.) Je donnerais dix ans de vie Pour pouvoir, tant je les envie, Imiter dans leurs doux propos Les grenouilles et les crapauds, [bis.)

Ces animaux nés dans la vase Restent dans leur sublime extase, Par couples, sur l'herbe accroupis, Immobiles, presque assoupis, (ffis.) Enfants, toujours prêts à mal faire, Ah! gardez-vous, à coups de pierre, De troubler dans leur saint repos Les grenouilles et les crapauds, [bis.)

Ne voit-on pas sur les fougères

Les bergers suivant les bergères,

Au désir pour les exciter

A la danse les inviter? [bis.)

Mais on ne voit pas dans la plaine ,

Pour s'échauffer à perdre haleine ,

Danser au son des gais pipeaux

Les grenouilles et les crapauds, [bis.'

Le cœur ballant, les yeux en flammes,

Au plaisir quand mon œil t'engage,

Jeunes garçons et jeunes femmes,

Tu me dis, ô beauté sauvage,

Dans la saison de leurs amours,

Que c'est pour un acte brutal,

Étalent leurs plus beaux atours! {bis.)

Quitter le ciel de l'idéal, (bis.)

Pour se livrer à la tendresse

Dans mes vers, naïfs interprètes,

Avec ardeur, avec ivresse,

Puisque je fais parler les bétes.

Qui fait fi des vains oripeaux?

Ne puis-je imiter à propos

Les grenouilles et les crapauds, (bis.)

Les grenouilles et les crapauds? (bis.)

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