‹ Fables de P. LachambeaudieChapitre 49 sur 354 · LES DEUX RIVAGES · texte numérisé non relu

LES DEUX RIVAGES

Je veux, toujours tidéle au rôle de conteur,

Rimer en quelques vers l'histoire Dont le doux souvenir occupe nia mémoire. Le long d'une rivière au murmure enchanteur,

Coula mou enfance inquiète; Confondus sur les bords, saules et peupliers Offraient aux rossignols, aux amants, au poète,

Leurs ombrages hospitaliers.

Mille tleurs embaumaient les deux Rives égales , Et des chantres ailés les laveuses rivales Envoyaient aux échos leurs naïves chansons. Mais voila tout à coup, j'avais seize ans à peine,

Qu'arrivent par centaine

Charpentiers et niaçon's.

Les braves compagnons, se niellant a l'ouvrage, D'arbres en un instant dépouillent un Rivage ; Les brouettés, les pieux, les haches, les marteaux Bâtissent un canal pour maîtriser les eaux,

Au sommet du talus disposent un passage

Pour les bœufs remorqueurs qui traînent les bateaux.

Avide de trésors moins que de renommée,

J'ai quitté, depuis lors, et mou pays natal,

Et sa rivière bieu-ainiée.

Puisse le positif, à nos rêves fatal, N'avoir pas enlevé, d'une main trop puissante, l.a dernière harmonie et la dernière plante

Du domaine de l'idéal !

Le cours de notre vie a toujours deux Rivages: Tous deux, dans notre enfance, et fleuris et joyeux, Sont pleins de doux pensers, de chants insoucieux. Plus lard, sur une Rive étendant leurs ravages, L'intérêt, les besoins et les prévisions Emportent la moitié de nos illusions.

Heureux, quand la vieilles.se arrive, Si quelques tleurs encor restent sur l'autre Rive!

46 FABLES DE LACHAMBEAUD1E.

Page 1