M. .IOHARD ET LE NUAGE
Monsieur Jobard, brave et digne bourgeois, Un de ces bons rentiers que le Marais engraisse, 1 n dimanche matin secoua sa paresse; Le doux soleil de mai réveillait à la fois
Les rentiers dans leurs lits, les oiseaux dans les bois. Notre homme à son bonheur tout entier s'abandonne, Et sort pour visiter les poudreux boulevards, L'Arc-de-Triomphe, la Colonne,
L'Obélisque et le Champ-dc-Mars :
Tombent le feu, la pluie, et mon pauvre héros
La gloire parle baul dans le cœur des Jobards.
S'en retourne confus et trempé jusqu'aux os.
Quelqu'un lui dit : « Voyez, le temps est ;'i l'orage;
Depuis, se méfiant de la moindre fumée,
Prenez un parapluie, on vous n'Oies pas sage. »
Et. quoique l'horizon fût pur de tout brouillard,
Le eonseil était juste et ic danger pressant.
11 sortait chaque jour armé d'un fourd riflard.
Car un nuage épais et menaçant
S'élevait alors dans l'espace.
« Ce n'est, répond Jobard, qu'une vapeur qui passe.
Lecteurs, n'a-t-on pas vu plus d'un haut personnage,
Et le voilà courant pour voir son beau Paris
Inhabile à prévoir maint politique orage,
Ceint de frais boulevards et de jardins tlenris.
Prendre, quand le danger n'existait déjà plus,
Il va; mais tout à coup de la nue enflammée
Mille précautions, mille soins superflus?