LA LOCOMOTIVE ET LE CHEVAL
Un Cheval vit, un jour, sur un chemin de fer, Une Locomotive , à la gueule enflammée, Aux mobiles ressorts, aux longs flots de fumée. « En vain, s'ccria-t-il, ô fille de l'enfer, En vain tu voudrais nuire à notre renommée. Une palme immortelle est promise à nos fronts; Et toi, sous le hangar honteuse et délaissée, Tu pleureras ta gloire en naissant éclipsée. De vitesse avec moi veux-tu lutter? — Lultons! Dit la machine : enfin ta vanité me lasse. »
Elle roule, elle roule, et dévore l'espace; Il galope, il galope, et d'un sabot léger Il soulève le sable et vole dans la plaine. Mais il se berce, hélas! d'un espoir mensonger : Inondé de sueur, épuisé, hors d'haleine, Bientôt l'imprudent tombe et termine ses jours; Et que fait sa rivale?... elle roule toujours.
La routine au progrès veut disputer l'empire ; Le progrès toujours marche, et la routine expire.
FABLES DE L ACHAMBE AUDIE.