LE LÉOPARD ET LE RENARD
Un jour le Léopard, Accostant le Renard, Lui dit : « Ami, bonjour! j'allais vers ta tanière; Je te trouve à propos. » L'autre répond : ci Seigneur,
Moi, votre ami! d'où me vient cet honneur? — C'est que des préjugés mi va combler l'ornière; De la fraternité flottera la bannière; Plus de litres pompeux, de castes, ni de rangs! Les faibles et les forts, les petits et les grands, Des privilèges vains franchissant la barrière , Vont enfin cimenter une sainte- union , Et, ce soir môme, le lion, Pour fêter cette nouvelle ère.
A de joyeux festins, où tous seront admis, Invite ses sujets, ou plutôt ses amis... — En vérité, dit le Renard, je loue Ces nobles sentiments, el longtemps, je l'avoue, J'appelai de mes vœux cet avenir promis.
Maudissant le destin contraire, Je gémissais tout bas i\c mon obscurité; Mais aujourd'hui je touche à la félicité. Allons, joie et bonheur! car je suis votre frère!
Vive, vive l'égalité!...
Pourtant, nous n'admettrons à nos fêtes, j'espère, Ni le pourceau fangeux, ni le singe éhonlé?