XI. E/Ane et ses Maîtres
L'âne d'un jardinier se plaignait au Destin De ce qu'on le faisait lever devant l'aurore. Les coqs , lui disait-il , ont beau chanter matin ,
i Voyez la note de la fable xn du livre III, el celle de la fable xix du livre IV.
2 Aux calendes grecques. C'étaient les Romains, cl non les Grecs, qui avaient des calendes dans leur calendrier : et cette expression, les calendes grecques, pour signifier un terme ou un temps indéfini, quoique empruntée à la langue de l'érudition, est devenue populaire.
3 Expression vulgaire et proverbiale, pour marquer l'insouciance.
4 C'est l'expression de l'empereur Auguste, Festina lente.
Je suis plus matineux encore.
Et pourquoi ? pour porter des herbes au marché. Belle nécessité d'interrompre mon somme !
Le Sort, de sa plainte touché, Lui donne un autre maître ; et l'animal de somme Passe du jardinier aux mains d'un corroyeur. La pesanteur des peaux et leur mauvaise odeur Eurent bientôt choqué l'impertinente bête. J'ai regret, disait-il. à mon premier seigneur. Eucor, quand il tournait la tête, J'attrapais, s'il m'en souvient bien, Quelque morceau de chou qui ne me coûtait rien : Mais ici point d'aubaine, ou, si j'en ai quelqu'une, C'est de coups. Il obtint changement de fortune ; Et sur l'état d'un charbonnier 11 fut couché tout le dernier.
Autre plainte. Quoi donc ! dit le Sort en colère.
Ce baudet-ci m'occupe autant
Que cent monarques pourraient faire !
Croit-il être le seul qui ne soit pas content ?
N*ai-je en l'esprit que son affaire ?
Le Sort avait raison. Tous gens sont ainsi faits : Notre condition jamais ne nous contente ;
La pire est toujours la présente.
Nous fatiguons le ciel à force de placets. Qu'à chacun Jupiter accorde sa requête .
Nous lui romprons encor la tête.