‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 107 sur 287 · XI. E/Ane et ses Maîtres · texte numérisé non relu

XI. E/Ane et ses Maîtres

L'âne d'un jardinier se plaignait au Destin De ce qu'on le faisait lever devant l'aurore. Les coqs , lui disait-il , ont beau chanter matin ,

i Voyez la note de la fable xn du livre III, el celle de la fable xix du livre IV.

2 Aux calendes grecques. C'étaient les Romains, cl non les Grecs, qui avaient des calendes dans leur calendrier : et cette expression, les calendes grecques, pour signifier un terme ou un temps indéfini, quoique empruntée à la langue de l'érudition, est devenue populaire.

3 Expression vulgaire et proverbiale, pour marquer l'insouciance.

4 C'est l'expression de l'empereur Auguste, Festina lente.

Je suis plus matineux encore.

Et pourquoi ? pour porter des herbes au marché. Belle nécessité d'interrompre mon somme !

Le Sort, de sa plainte touché, Lui donne un autre maître ; et l'animal de somme Passe du jardinier aux mains d'un corroyeur. La pesanteur des peaux et leur mauvaise odeur Eurent bientôt choqué l'impertinente bête. J'ai regret, disait-il. à mon premier seigneur. Eucor, quand il tournait la tête, J'attrapais, s'il m'en souvient bien, Quelque morceau de chou qui ne me coûtait rien : Mais ici point d'aubaine, ou, si j'en ai quelqu'une, C'est de coups. Il obtint changement de fortune ; Et sur l'état d'un charbonnier 11 fut couché tout le dernier.

Autre plainte. Quoi donc ! dit le Sort en colère.

Ce baudet-ci m'occupe autant

Que cent monarques pourraient faire !

Croit-il être le seul qui ne soit pas content ?

N*ai-je en l'esprit que son affaire ?

Le Sort avait raison. Tous gens sont ainsi faits : Notre condition jamais ne nous contente ;

La pire est toujours la présente.

Nous fatiguons le ciel à force de placets. Qu'à chacun Jupiter accorde sa requête .

Nous lui romprons encor la tête.

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