XV. I/Oiseleur, l'Autour, et l'Alouette
Les injustices des pervers Servent souvent d'excuse aux nôtres.
Telle est la loi de l'univers :
Si tu veux qu'on t'épargne, épargne aussi les autres.
Un manant1 au miroir prenait des oisillons. Le fantôme brillant attire une alouette : Aussitôt un autour, planant sur les sillons ,
Descend des airs, fond et se jette Sur celle qui chantait, quoique près du tombeau. Elle avait évité la perfide machine, Lorsque, se rencontrant sous la main de l'oiseau,
Elle sent son ongle maline*.
i Ce mot est pris ici dans son ancien sens, et signifie un paysan, un habitant des campagnes ; il ne se prend plus qu'en mauvaise part.
* VAR. Dans toutes les éditions modernes on lit maligne. La Fontaine a mis an coBi traire maline dans toutes les éditions qu'il a publiées et revues, et c'est son imprimeur qui, eu réimprimant en 1692 ces six premiers livres, sous la date de 1678, a écrit maligne. Ce n'est pas que ce mot s'écrivit de son temps différemment qu'on ne le fait aujourd'hui, mats parce qu'il a usé du privilège qu'avaient les poètes d'altérer quelquefois la prononciation ou l'orthographe de certains mots pour les assujettir à la rime. Les éditeurs de 1729 se sont avec raison conformés au texte de la Fontaine ; mais tous les éditeurs modernes, à commencer par Montenault, s'en sont écartés. Cnamfort et les autres commentateurs de la Fontaine, qui n'ont pas connu les éditions originales, ont accusé Dotre poète d'avoir fait une rime fausse ou insuffisante. Il n'a pas eu ce tort;
Pendant qu'à la plumer l'autour est occupé, Lui-même sous les rets demeure enveloppé : Oiseleur, laisse-moi , dit-il en son langage ;
Je ne t'ai jamais fait de mal.
L'oiseleur repartit : Ce petit animal
T'en avait-il fait davantage ?