‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 111 sur 287 · XVI. E.e Cheval et l'Ane · texte numérisé non relu

XVI. E.e Cheval et l'Ane

En ce monde il se faut l'un l'autre secourir : Si ton voisin vient à mourir, C'est sur toi que le fardeau tombe.

Un âne accompagnait un cheval peu courtois. Celui-ci ne portant que son simple harnois, Et le pauvre baudet si chargé qu'il succombe. 11 pria le cheval de l'aider quelque peu; Autrement il mourrait devant qu'être à la ville. La prière , dit-il , n'en est pas incivile : Moitié de ce fardeau ne vous sera que jeu. Le cheval refusa, fit une pétarade; Tant qu'il vit sous le faix mourir son camarade,

Et reconnut qu'il avait tort.

Du baudet en cette aventure

On lui fit porter la voiture ,

Et la peau par-dessus encor.

mais il en a eu un plus grave, c'est d'avoir fait féminin le mot ongle, qui est rnnsenlin, et qui l'était aussi de son temps, ainsi qu'on peut s'en convaincre en consultant lu première édition du dictionnaire de l'Académie française. Hais notre poète est excusable ; car ce dictionnaire n'avait pas été publié lorsqu'il écrivit sa fable. Ce mot vieut A'ungula, qui est féminin en latin ; et Nicot, dans son dictionnaire, ne détermine pas de qnel genre il est en français, et ne donne d'exemple que du pluriel. Dans le patois lorrain oti'jlf est du genre féminin, on dit tune bigle on eune ingue; ce que le savant Oberlin traduit par une ongle, faisant ainsi le mol ongle féminin, sans s'apercevoir, comme notre poète, qu'il commettait une faute. 11 est probable que la Fontaine aura itv induit en erreur par l'usage de Château-Thierry, sa ville natale ; les patois champenois et lorrain devant avoir entre eux de grands rapports, attendu la proximité de ces deux provinces. Voyez Oberlin, Essai sur le 2>atois lorrain, 1775, in-12, p. 225.

Page 1