‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 139 sur 287 · LITRE VIII. FABLE III · texte numérisé non relu

LITRE VIII. FABLE III

(Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes), Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours Qu'il faut chômer ; on nous ruine en fêtes ; L'une fait tort à l'autre ; et monsieur le curé De quelque nouveau saint charge toujours son prône. Le financier, riant de sa naïveté , Lui dit : Je vous veux mettre aujourd'hui sur le trône. Prenez ces cent écus ; gardez-les avec soin ,

Pour vous en servir au hesoin.

Le savetier crut voir tout l'argent que la terre

Avait, depuis plus de cent ans,

Produit pour l'usage des gens.

Il retourne chez lui : dans sa cave il enserre

L'argent, et sa joie à la fois.

Plus de chant : il perdit la voix Du moment qu'il gagna ce qui cause nos peines.

Le sommeil quitta son logis :

Il eut pour hôtes les soucis,

Les soupçons, les alarmes vaines.

Tout le jour il avait l'œil au guet; et la nuit,

Si quelque chat faisait du bruit , Le chat prenait l'argent. A la fin le pauvre homme S'en courut chez celui qu'il ne réveillait plus : Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon somme,

Et reprenez vos cent écus.

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