‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 138 sur 287 · II. Le Savetier et le Financier · texte numérisé non relu

II. Le Savetier et le Financier

Un savetier chantait du matin jusqu'au soir :

C'était merveilles ! de le voir, Merveilles de l'ouïr; il faisait des passages,

Plus content qu'aucun des sept sages.

Son voisin, au contraire, étant tout cousu d'or,

Chantait peu, dormait moins encor :

C'était un homme de finance.

Si, sur le point du jour, parfois il sommeillait, Le savetier alors en chantant l'éveillait;

Et le financier se plaignait

Que les soins de la Providence N'eussent pas au marché fait vendre le dormir,

Comme le manger et le boire2.

En son hôtel il fait venir Le chanteur, et lui dit : Or çà, sire Grégoire, Que gagnez-vous par an? — Par an! ma foi, monsieur,

Dit avec un ton de rieur Le gaillard savetier, ce n'est point ma manière De compter de la sorte; et Je n'entasse guère Un jour sur l'autre : il suffit qu'à la fin

J'.ittrape le bout de l'année;

Chaque jour amène son pain.

— Eh bien! que gagnez-vous, dites-moi, par journée?

— Tantôt plus, tantôt moins : le mal est que toujours

i Dans les éditions modernes de Didot et de Barbon on lit merveille au singulier. La Fontaine a mis 7nerveilles au pluriel, et le verbe qui précède au singulier. Bossuet et les auteurs de cette époque offrent de nombreux exemples semblables.

2 infmitil's changés en substantifs par licence poétique 1res heureuse.

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