‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 145 sur 287 · VIII. L<e Rieur et les Poissons · texte numérisé non relu

VIII. L<e Rieur et les Poissons

On cherche les rieurs ; et moi je les évite.

Cet art veut, sur tout autre, un suprême mérite : Dieu ne créa que pour les sots Les méchants diseurs de bons mots.

J'en vais peut-être en une fable Introduire un : peut-être aussi

Que quelqu'un trouvera que j'aurai réussi.

Un rieur était à la table D'un financier, et n'avait en son coin Que de petits poissons : tous les gros étaient loin. IJ prend donc les menus, puis leur parle à i'oreille,

Et puis il feint , à la pareille , D'écouter leur réponse. On demeura surpris :

Cela suspendit les esprits.

Le rieur alors, d'un ton sage,

Dit qu'il craignait qu'un sien ami ,

Pour les grandes Indes parti,

N'eût depuis un an fait naufrage.

Il s'en informait donc à ce menu fretin : Mais tous lui répondaient qu'il n'étaient pas d'un âge

A savoir au vrai son destin;

Les gros en sauraient davantage.

N'en puis-je donc, messieurs, un gros interroger?

De dire si la compagnie

Prit goût à sa plaisanterie, ,

J'en doute; mais enfin il les sut engager A lui servir d'un monstre assez vieux pour lui dire • Tous les noms des chercheurs de mondes inconnus

Qui n'en étaient pas revenus, Et que depuis cent ans sous l'abîma avaient vus

Les anciens du vaste empire.

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