‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 148 sur 287 · XI. I<es deux liai · texte numérisé non relu

XI. I<es deux liai

Deux vrais amis vivaient au Monomotapa ;

L'un ne possédait rien qui n'appartînt à l'autre. Les amis de ce pays-là Valent bien, dit-on, ceux du nôtre.

IJne nuit que chacun s'occupait au sommeil,

Et mettait à profit l'absence du soleil,

Un île nos deux amis sort du lit en alarme ;

Il court chez son intime, éveille les valets :

Morphée avait touché le seuil de ce palais.

L'ami couché s'étonne; il prend sa bourse, il s'arme-,

Vient trouver l'autre, et dit : Il vous arrive peu

De courir quand on dort; vous me paraissiez homme

A mieux user du temps destiné pour le somme :

Yauriez-vous point perdu tout votre argent au jeu?

En voici. S'il vous est venu quelque querelle.

.[';ii mon épée: allons. Vous ennuyez-vous point

De coucher toujours seul ? une esclave assez belle

Était à mes côtés; voulez- vous qu'on l'appelle?

Non, dit l'ami, ce n'est ni l'un ni l'autre point .-

Je vous rends grâce de ce zèle.

Vous m'êtes, en dormant, un peu triste apparu; J'ai craint qu'il ne tut vrai; je suis vite accouru.

Ce maudit songe en est la cause.

Qui d'eux aimait le mieux ? Que t'en semble , lecteur ?

Cette difficulté vaut bien qu'on la propose.

Qu'un ami véritable est une douce chose !

Il cherche vos besoins au fond de votre cœur; Il vous épargne la pudeur De les lui découvrir vous-même :

Un songe, un rien, tout lui fait peur Quand il s'agit de ce qu'il aime.

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