‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 167 sur 287 · III. l<e Singe et le Léonard · texte numérisé non relu

III. l<e Singe et le Léonard

Le singe avec le léopard Gagnaient de l'argent à la foire.

Ils affichaient, chacun à part. L'un d'eux disait : Messieurs, mon mérite et ma gloire2

1 Pour tant bien que mal. Locution qu'on rencontre fréquemment dans nos vieux auteurs.

2 Ces mots prouvent, ainsi que le remarque très bien un des commentateurs de notre fabuliste, que le singe et le léopard, mis en scène dans cette fable, sont derrière le rideau, et sont censés parler par l'intermédiaire de leurs affiches respectives, ou des bateleurs qui les montrent.

Sont connus en bon lieu. Le roi m'a voulu voir;

Et si je meurs, il veut avoir Un manchon de ma peau : taut elle est bigarrée, Pleine de taches, marquetée, Et vergetée, et mouchetée !

La bigarrure plaît : partant1 chacun le vit. Mais ce fut bientôt fait; bientôt chacun sortit2. Le singe de sa part disait : Venez, de grâce: Venez, Messieurs, je fais cent tours de passe-passe. Cette diversité dont on vous parle tant , Mon voisin léopard l'a sur soi seulement : Moi. je l'ai dans l'esprit. Votre serviteur Gille,

Cousin et gendre de Bertrand ,

Singe du pape en son vivant,

Tout fraîchement en cette ville Arrive en trois bateaux, exprès pour vous parler3, Car il parle, on l'entend4 : il sait danser, baller3,

Faire des tours de toute sorte, Passer en des cerceaux : et le tout pour six blancs : Non, messieurs, pour un sou; si vous n'êtes contents, Nous rendrons à chacun son argent à la porte 6.

i Par ce moyeu.

- Ceci vient à l'appui de ce que nous avons dit, que les deux animaux sont cachés, et ne parlent à l'assemblée que par l'organe de ceux qui les montrent.

3 Cette expression proverbiale et comique, qu'une chose dont on veut relever l'importance arrive en frois bateaux, est ancienne, puisqu'on la retrouve dans Rabelais, qui dit, 1. I, eh. xvi, que la jument de Gargantua « fut amenée par mer en trois quaraques et un brigantin, » t. i, p. .-;g, in-4°.

* « A quoi bon, dit un commentateur de notre fabuliste, affirmer <■ que le singe parle, qu'on l'entend, puisque celte harangue est de • lui. >> C'est précisément parce qu'elle n'est pas de lui, que le poète prête ces mots essentiels à l'affiche ou au bateleur qui f;iit ainsi parler le singe.

s vieux mol, qui vient de l'italien balktre, et qui signifie danser, se divertir. On le trouve fréquemment dans Rabelais et dans Marol.

6 Ceci confirme encore l'explication que nous avons donnée, et prouve que le singe au nom duquel on parle n'est pas en présence des spectateurs du dehors.

Le singe avait raison. Ce n'est pas sur l'habit Que la diversité me plaît ; c'est clans l'esprit : L'une fournit toujours des choses agréables ; L'autre, en moins d'un moment, lasse les regardants. Oh ! que de grands seigneurs , au léopard semblables , N'ont que l'habit pour tous talents !

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