‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 168 sur 287 · IV. Le Gland et la Citrouille · texte numérisé non relu

IV. Le Gland et la Citrouille

Dieu fait bien ce qu'il fait. Sans en chercher la preuve En tout cet univers, et l'aller parcourant, Dans les citrouilles je la treuve1.

Un villageois, considérant Combien ce fruit est gros et sa tige menue : A quoi songeait, dit-il, l'auteur de tout cela ? Il a bien mal placé cette citrouille-là !

Eh parbleu ! je l'aurais pendue

A l'un des chênes que voilà ;

C'eût été justement l'affaire :

Tel fruit, tel arbre, pour bien faire.

C'est dommage, Garo*, que tu n'es point entré

1 Vieux mot pour troitvè.

Non, l'amour que je sens pour eette jeune veuve

Ne ferme point mes yeux aux défauts qu'on lui treuve.

MOLIÈRE, Misanthrope, acte T, se. I.

Le Misanthrope fut, joué en 1660, et cette fable parut en 1678.

L'usage de mettre trouve pour treuve n'était pas très ancien; car ce verbe est constamment écrit de cette manière, et non par la nécessité de la rime, dans une pièce de Quinault, le Feint Alcibiadc, imprimée en 16SJ8, in-1-2, chez A. Courbé, à Paris. Dans la scène iv du troisième acte on lit :

Je treuve, en vous voyant, tout ce que je souhaite.

El dans la dédicace à Fouquet, de la même pièce, on lit encore: « Cette vérité que tout autre que vous treuverait trop hardie. »

* VAB. Dans toutes les éditions données par la Fontaine, ce mot est ainsi écrit; l'édition de 1709 seulement porte a tort Garcait. Ce nom comique n'est pas de l'invention de notre poète ; il est, dans Cyrano de Bergerac, donné & un des personnages du iVdant joué.

Au conseil de celui que prêche ton curé; Tout en eût été mieux : car pourquoi, par exemple, Le gland, qui n'est pas gros comme mon petit doigt, A"e pend-il pas en cet endroit ?

Dieu s'est mépris : plus je contemple Ces fruits ainsi placés, plus il semble à Garo

Que Ton a fait un quiproquo. Cette réflexion embarrassant notre homme : On ne dort point, dit-il, quand ou a tant d'esprit. Sous un chêne aussitôt il va prendre son somme. TTn gland tombe : le nez du dormeur en pâtit. 11 s'éveille; et, portant la main sur son visage, Il trouve encor le gland pris au poil du menton Son nez meurtri le force a changer de langage. Oh ! oh ! dit-il, je saigne ! et que serait-ce donc S'il fût tombé de l'arbre une masse plus lourde,

Et que ce gland eut été gourde ?

Dieu ne l'a pas voulu : sans doute il eut raison;

J'en vois bien à présent la cause.

En louant Dieu de toute chose,

Garo retourne à la maison.

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