‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 175 sur 287 · XIII. «Jupiter et le Passager · texte numérisé non relu

XIII. «Jupiter et le Passager

Oh ! combien le péril enrichirait les dieux,

Si nous nous souvenions des vœux qu'il nous fait faire !

Mais, le péril passé, l'on ne se souvient guère

De ce qu'on a promis aux cieux ; On compte seulement ce qu'on doit à la terre. Jupiter, dit l'impie , est un bon créancier ;

Il ne se sert jamais d'huissier.

Eh ! qu'est-ce donc que le tonnerre ?

Comment appelez-vous ces avertissements ?

Un passager pendant l'orage Avait voué cent bœufs au vainqueur des Titans Il n'en avait pas un : vouer cent éléphants

N'aurait pas coûté davantage.

Il brûla quelques os quand il fut au rivage : Au nez de Jupiter la fumée en monta.

Sire Jupin, dit-il, prends mon vœu; le voilà : C'est un parfum de bœuf que ta grandeur respire. La fumée est ta part : je ne te dois plus rien.

Jupiter lit semblant de rire; Mais, après quelques jours , le dieu l'attrapa bien,

Envoyant un songe lui dire Qu'un tel trésor était en tel lieu. L'homme au vœu

Courut au trésor comme au feu.

Il trouva des voleurs : et , n'ayant dans sa bourse

Qu'un écu pour toute ressource ,

Il leur promit cent talents d'or,

Bien comptés, et d'un tel trésor :

On l'avait enterré dedans telle bourgade. L'endroit parut suspect aux voleurs ; de façon Qu'à notre prometteur l'un dit : Mon camarade . Tu te moques de nous; meurs, et va chez Pluton

Porter tes cent talents eu do i.

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