‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 178 sur 287 · XVI. L.e Trésor et les deux Hommes · texte numérisé non relu

XVI. L.e Trésor et les deux Hommes

Un homme n'ayant plus ni crédit ni ressource,

Et logeant le diable en sa bourse1,

C'est-à-dire n'y logeant rien.

S'imagina qu'il ferait bien De se pendre , et finir lui-même sa misère . Puisqu'aitssi bien sans lui la faim le viendrait faire :

Genre de mort qui ne duit2 pas A gens peu curieux de goûter le trépas. Dans cette intention, une vieille masure Fut la scène où devait se passer l'aventure. Il y porte une corde, et veut avec un clou Au haut d'un certain mur attacher le licou.

La muraille, vieille et peu forte, . S'ébranle aux premiers coups, tombe avec un trésor. Notre désespéré le ramasse , et l'emporte , Laisse là le licou, s'en retourne avec l'or. Sans compter : ronde ou non , la somme plut au siiY . Tandis que le galant à grands pas se retire, L'homme au trésor arrive , et trouve son argent

Absent.

Quoi, dit-il, sans mourir je perdrai cette somme! Je ne me pendrai pas! Et vraiment si ferai,

Ou de corde je manquerai.

Le lacs était tout prêt ; il n'y manquait qu'un homme

i L'origine de cette expression proverbiale est racontée fort agréablement dans une petite pièce de vers de Saint-Gelais. Un charlatan avait promis de l'aire voir le diable : pressé de remplir sa promesse, il ouvrit, en présence de la foule qui l'entourait, une bourse vide.

Et c'est, dit-il, le diable, oyez-vous bien, Qu'ouvrir sa bourse et ne voir rien dedau?.

Voyez le Recueil des poètes [Tançais depuis Villon jusqu'à Benserade, édit. 175-2, t. I, p. 14C.

2 Qui ne convient pas.

Celui-ci se l'attache , et se pend bien et beau.

Ce qui le consola peut-être Fut qu'un autre eût, pour lui, fait les irais du cordeau. Aussi bien que l'argent le licou trouva maître.

L'avare rarement finit ses jours sans pleurs; 11 a le moins de part au trésor qu'il enserre, Thésaurisant pour les voleurs, Pour ses pareuts , ou pour la terre.

Mais que dire du troc que la fortune fit? Ce sont là de ses traits; elle s'endivertit • Plus le tour est bizarre, et plus elle est contente.

Cette déesse inconstante

Se mit alors en l'esprit

De voir un homme se pendre;

Et celui qui se pendit

S'y devait le moins attendre.

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