‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 177 sur 287 · XV. l<e Mari, la Femme, et le Voleur · texte numérisé non relu

XV. l<e Mari, la Femme, et le Voleur

Un mari fort amoureux .

Fort amoureux de sa femme , Bien qu'il fût jouissant, se croyait malheureux.

Jamais oeillade de la dame,

Propos flatteur et gracieux ;

Mot d'amitié , ni doux sourire

Déifiant le pauvre sire, N'avaient fait soupçonner qu'il fût vraiment chéri.

Je le crois; c'était un mari.

Il ne tint point à l'hyménée

Que, content de sa destinée,

Il n'en remerciât les dieux.

Mais quoi ! si l'amour n'assaisonne

Les plaisirs que l'hymen nous donne ,

Je ne vois pas qu'on en soit mieux.

i Tous les chiens de chasse. Le nom de Brifaut, qui autrefois signifiait goulu, est hien approprié à un nom de chien.

- Partout il tenta de se mettre à l'abri dans des asiles. Ellipse hardie, mais heureuse.

Notre épouse étant donc de la sorte bâtie,

Et n'ayant caressé son mari de sa vie,

Il en taisait sa plainte une nuit. Un voleur

Interrompit la doléance.

La pauvre femme eut si grand'peur

Qu'elle chercha quelque assurance

Entre les bras de son époux.

Ami voleur, dit-il, sans toi ce bien si doux Me serait inconnu! Prends donc en récompense Tout ce qui peut chez nous être à ta bienséance; Prends le logis aussi. Les voleurs ne sont pas

Gens honteux , ni fort délicats .

Celui-ci fit sa main.

J'infère de ce conte

Que la plus forte passion C'est la peur ; elle fait vaincre l'aversion , Et l'amour quelquefois : quelquefois il la dompte1;

J'en ai pour preuve cet amant Qui brûla sa maison pour embrasser sa dame ,

L'emportant à travers la flamme.

J'aime assez cet emportement; Le conte m'en a plu toujours infiniment :

Il est bien d'une âme espagnole,

Et plus grande encore que folle2.

i C'est-à-dire, quelquefois c'est l'amour qui dompte la peur.

- La Fontaine fait ici allusion à l'aventure du comte de Villa-Méftina avec Elisabeth de France, fille de Henri IV, et fenime de Philippe IV, roi d'Espagne. Pour attirer Elisabeth chez lui, le comte de Villa-Médina imagina de donner à toute la cour un spectacle à machines qu'il fit monter à grands frais. Pendant la représentation, il fit mettre le feu à son propre palais : puis, profitant du désordre et de In frayeur causée par les flammés qui s'élevaient de toutes parts, il s'empara de la reine, et satisfit ainsi, parla perle de la moitié de sa fortune et au risque de sa vie, le désir qu'il avait d'embrasser celle qu'il aimait, et de l'enlever dans ses bras. Voyez le Voyage d'Espagne, par Aarsen <!<• So'mmèrdick ; Cologne, 1666, in-18, p. 19, nu p. :,i de la première édition, même année, mais sans indication de ville.

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